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Du triomphe aux accusations d’IA et plagiat : la chute en accéléré de Thélyson Orélien

GROS PLAN SUD RADIO - Quelques jours seulement après avoir remporté le Prix du Roman Fnac 2026 avec "C’était ça ou mourir", l’écrivain canado-haïtien Thélyson Orélien est passé du statut de révélation littéraire à celui de figure la plus controversée de la rentrée. Accusations d’utilisation massive de l’intelligence artificielle, révélations sur d’anciens textes contenant des passages présentés comme plagiés, retrait de la sélection du Goncourt : retour sur une affaire qui secoue le monde de l’édition et une descente aux enfers pour l'écrivain.

Thélyson Aurelien
Thélyson Aurelien (Grasset)

Il y a encore quelques jours, tout semblait sourire à Thélyson Orélien. Né en Haïti en 1988 et installé au Québec après le séisme de 2010, l'auteur s'était imposé comme la grande découverte de la rentrée littéraire grâce à "C’était ça ou mourir", un premier roman racontant l'odyssée d'un migrant haïtien traversant les Amériques dans l'espoir de rejoindre le Canada.

Le livre s'est rapidement hissé parmi les meilleures ventes, dépassant les 35 000 exemplaires écoulés selon plusieurs médias spécialisés, tout en remportant le Prix du Roman Fnac 2026 et en intégrant les sélections des principaux prix d'automne. Mais le conte de fées littéraire s'est brutalement interrompu le 21 septembre lorsqu'un compte anonyme sur le réseau X, baptisé « Balance ton Claude », a affirmé que le roman avait été rédigé « presque intégralement » par une intelligence artificielle après analyse par des outils de détection spécialisés.

Démasqué par des détecteurs d'IA

Selon les publications relayées sur les réseaux sociaux, plusieurs extraits de "C’était ça ou mourir" auraient obtenu des scores très élevés lors de tests réalisés avec des logiciels de détection de textes générés par intelligence artificielle. Ces accusations ont immédiatement provoqué un séisme dans le milieu éditorial.

Face à la polémique, Thélyson Orélien a fermement contesté tout recours à l'IA. L'écrivain a assuré avoir écrit son roman lui-même et déclaré être en mesure de démontrer que le projet existait avant l'apparition des outils d'IA générative modernes. Son éditeur français Grasset lui a également apporté son soutien, dénonçant des accusations jugées infondées. Dans le même temps, de nombreux spécialistes ont rappelé que les détecteurs d'IA ne sont pas considérés comme infaillibles et que leurs résultats font régulièrement l'objet de débats scientifiques.

De multiples plagiats entre 2012 et 2014 ?

Nouveau rebondissement ce vendredi 25 septembre : l'essayiste et chroniqueur Samuel Fitoussi a reconnu faire partie du collectif à l'origine du compte « Balance ton Claude », jusque-là anonyme. Il a expliqué avoir participé à cette initiative en raison de ses inquiétudes concernant les conséquences de l'intelligence artificielle sur l'écriture et la lecture.

Mais de nouvelle révélations sur d'anciens textes relancent le dossier. Alors que la polémique sur l'IA battait son plein, de nouvelles accusations sont apparues au Canada. Le quotidien québécois La Presse ainsi que Radio-Canada ont affirmé avoir identifié plusieurs textes publiés entre 2012 et 2014 présentant de fortes similitudes avec des articles ou ouvrages antérieurs. Selon ces enquêtes, certains écrits attribués à Thélyson Orélien reproduiraient des passages provenant de publications étrangères ou d'œuvres littéraires déjà existantes.

Louis Pauwels et une poétesse cubaine copiés ?

Parmi les cas les plus commentés figure la nouvelle "Où va le monde", récompensée par Radio-Canada au début des années 2010. Plusieurs médias canadiens indiquent que des passages de ce texte correspondent à des extraits du livre "Le Matin des magiciens", publié en 1960 par Louis Pauwels et Jacques Bergier. D'autres accusations concernent notamment une chronique publiée en 2013 qui, selon La Presse, constituerait une traduction fortement remaniée d'un article du quotidien philippin The Philippine Star. Des similitudes auraient également été relevées avec divers textes parus dans des médias internationaux.

Parallèlement aux révélations documentées par les médias canadiens, des internautes ont également relayé sur les réseaux sociaux des accusations portant sur de supposées reprises de textes attribués à une poétesse cubaine. À ce stade, les sources consultées confirment l'existence d'allégations circulant en ligne, mais ne permettent pas de vérifier de manière indépendante l'identité exacte de cette autrice ni l'étendue précise de ces ressemblances. Les éléments publiquement établis concernent principalement les cas documentés par La Presse, Radio-Canada et plusieurs médias français.

Retiré de la sélection du Goncourt

Face à la polémique et aux révélations, l'Académie Goncourt a annoncé ce vendredi le retrait de "C’était ça ou mourir" de sa première sélection pour le prix 2026. Pour justifier sa décision, l'institution a évoqué à la fois les accusations de plagiat concernant des textes antérieurs et les analyses estimant que le roman serait « selon toute vraisemblance très largement le produit d'une intelligence artificielle ».

Une décision rarissime qui marque un tournant dans l'histoire récente des grands prix littéraires français et qui pourrait faire date dans les débats sur la place de l'intelligence artificielle dans la création culturelle.

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