Le tribunal correctionnel de Paris doit rendre lundi sa décision dans le procès pour cyberharcèlement de dix personnes accusées d'avoir diffusé ou relayé sur les réseaux sociaux des insultes et rumeurs sur Brigitte Macron, liées à son genre et à son écart d'âge avec son mari le président français Emmanuel Macron.
Courtier, professeur de sport, élu local, médium... Des peines de trois à douze mois de prison avec sursis et des amendes pouvant atteindre 8.000 euros ont été requises contre ces dix prévenus, âgés de 41 à 65 ans, lors d'un procès très médiatisé qui s'est déroulé les 27 et 28 octobre derniers.
Absente du procès, Brigitte Macron, 72 ans, avait expliqué aux enquêteurs en déposant sa plainte fin août 2024 que la rumeur la présentant comme une femme transgenre avait eu "un très fort retentissement" sur son entourage et sur elle-même, rapportant que ses petits-enfants entendaient dire que "leur grand-mère est un homme".
Devant une salle comble, sa fille Tiphaine Auzière a confirmé l'impact de cette infox mondiale sur la santé de sa mère, "en permanence sur le qui-vive" face à la remise en cause continuelle de son "identité".
Les réquisitions les plus lourdes ont visé les prévenus jugés les plus influents sur les réseaux sociaux, qualifiés d'"instigateurs" par le procureur Hervé Tétier: l'écrivain Aurélien Poirson-Atlan, alias Zoé Sagan sur les réseaux, la médium Amandine Roy et le galeriste Bertrand Scholler.
Les sept autres ont été présentés comme des "suiveurs" qui se seraient "laissés aller" depuis "leur canapé", certains s'étant simplement contentés de relayer ou de "liker" quelques publications.
La plupart des prévenus ont exprimé leur surprise d'avoir à se justifier de posts "satiriques", invoquant la liberté d'expression ou le droit d'informer face à une vérité "cachée".
- "Devenir Brigitte" -
Sur son compte X, suspendu depuis, Zoé Sagan, 41 ans, avait qualifié l'écart d'âge entre les époux Macron - 24 ans - de "crime sexuel" et de "pédophilie cautionnée par l'Etat".
Le publicitaire est également connu pour avoir diffusé en 2020 des vidéos à caractère sexuel de Benjamin Griveaux, ancien ministre macroniste contraint de renoncer à se présenter à la mairie de Paris.
Amandine Roy, 51 ans, est à l'origine d'une vidéo virale de quatre heures publiée en 2021, depuis retirée, affirmant que Brigitte Macron n'aurait jamais existé et que son frère Jean-Michel aurait pris son identité après avoir changé de sexe.
Condamnée en première instance pour diffamation en septembre 2024 dans un autre procès, elle a été relaxée en appel le 10 juillet. La Première dame française, qui s'est pourvue en cassation avec son frère, avait expliqué que cette vidéo réalisée avec Natacha Rey - qui ne comparaît pas à ce procès - avait largement contribué à amplifier la rumeur.
Egalement absent de ce procès pour cyberharcèlement, le journaliste Xavier Poussard, dont le cas a été disjoint, est présenté comme l'autre grand instigateur de cette infox mondiale.
Auteur du best-seller "Becoming Brigitte" ("Devenir Brigitte"), il s'est associé à l'influenceuse américaine Candace Owen contre laquelle le couple présidentiel a engagé cet été des poursuites aux Etats-Unis.
La podcateuse conspirationniste de 36 ans a publié une série de vidéos basée sur le livre de Xavier Poussard dont la viralité a donné un écho mondial à la rumeur transphobe.
Plusieurs prévenus jugés à Paris ont relayé ses publications et notamment une couverture détournée du magazine Time présentant Brigitte Macron en "homme de l'année".
Cette riposte judiciaire en France, doublée de la plainte aux Etats-Unis, intervient après quatre ans de polémiques et de rumeurs alimentées par des réseaux complotistes et d'extrême droite.
Plusieurs femmes politiques dans le monde ont déjà fait les frais d'infox à caractère transphobe, comme l'ex-Première dame des Etats-Unis Michelle Obama, l'ex-vice-présidente américaine Kamala Harris ou l'ancienne Première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern.