single.php

A Montbéliard, la renaissance du plus ancien temple protestant de France

A la croisée du "cultuel et du culturel", le temple protestant Saint-Martin de Montbéliard (Doubs), érigé au début du XVIIe siècle et le plus ancien de France encore en activité, rouvre samedi après cinq années de rénovation riches en découvertes historiques.

SEBASTIEN BOZON - AFP

A la croisée du "cultuel et du culturel", le temple protestant Saint-Martin de Montbéliard (Doubs), érigé au début du XVIIe siècle et le plus ancien de France encore en activité, rouvre samedi après cinq années de rénovation riches en découvertes historiques.

Sobre mais majestueux, le bâtiment de calcaire blanc et de grès rose, surmonté d'un discret clocher, trône au centre de la place Saint-Martin depuis plus de 400 ans.

Le temple protestant Saint-Martin de Montbéliard, dans le Doubs, le 17 avril 2026

Le temple protestant Saint-Martin de Montbéliard, dans le Doubs, le 17 avril 2026

SEBASTIEN BOZON - AFP

Fermé pendant les travaux - 4,5 millions d'euros financés par la paroisse, les collectivités publiques et la Fondation du patrimoine -, il sera inauguré samedi.

Le pasteur du lieu, Hugues Girardey, s'émerveille de la jeunesse retrouvée de "la cathédrale", comme la surnomment les habitués. Il souhaite faire de ce temple rénové un espace "d'accueil et de rencontres".

Le temple protestant Saint-Martin de Montbéliard, dans le Doubs, le 17 avril 2026

Le temple protestant Saint-Martin de Montbéliard, dans le Doubs, le 17 avril 2026

SEBASTIEN BOZON - AFP

Achevé en 1607, le plus ancien temple encore en activité construit en France pour le culte luthérien est l'œuvre d'Heinrich Schickhardt (1558‑1635), architecte du prince Frédéric Ier (1557‑1608), duc de Wurtemberg et comte de ce qui était alors le territoire autonome de Montbéliard.

Long de 37 mètres, baigné de lumière, l'édifice dispose d'une chaire en bois sombre installée derrière le chœur. A l'opposé, sur une balustrade de pierre, l'orgue de 1755 et ses 1.500 tuyaux domine les rangées de chaises design destinées aux fidèles.

Le plafond suspendu est orné en son centre d'une peinture représentant Le Bon berger ramenant une brebis égarée vers le troupeau, témoignage discret de l'art protestant.

- Trompe-l'oeil -

Classé monument historique en 1963, l'édifice propose également une reproduction du Retable de Montbéliard, oeuvre qui raconte le Nouveau Testament en 156 images, dont l'original est conservé en Autriche, dans un musée viennois.

L'orgue du temple protestant Saint-Martin de Montbéliard, dans le Doubs, le 17 avril 2026

L'orgue du temple protestant Saint-Martin de Montbéliard, dans le Doubs, le 17 avril 2026

SEBASTIEN BOZON - AFP

"Ce bâtiment a été réalisé après un voyage en Italie" d'Heinrich Schickhardt, explique l'historien André Bouvard. L'architecte s'est inspiré de l'Antiquité et de la Renaissance, tout en conservant la sobriété extérieure des églises jésuites.

L'édifice est "à mi-chemin" entre l’Allemagne, où "les temples sont extraordinairement décorés", et "la France où c'est un peu plus sobre", souligne M. Bouvard, qui a suivi les différentes étapes du chantier en tant qu'historien de référence.

Un mécanisme d'horlogerie du temple protestant de Saint-Martin, à Montbéliard, dans le Doubs, le 17 avril 2026

Un mécanisme d'horlogerie du temple protestant de Saint-Martin, à Montbéliard, dans le Doubs, le 17 avril 2026

SEBASTIEN BOZON - AFP

Derrière l'ancien bleu des murs intérieurs, la restauration a mis au jour des décors peints en trompe‑l'œil, oubliés de tous. Gris clair et bleu foncé, ils soulignent les fenêtres et sont surmontés de frontons peints, tantôt courbes, tantôt triangulaires.

"Heinrich Schickhardt a fait passer Montbéliard d'une petite ville médiévale à une ville de la Renaissance", avec ce temple comme monument incontournable de l'histoire locale, note Anaïs Baronnat, guide conférencière à l'office de tourisme de la "cité des Princes", le surnom de Montbéliard.

Deux tablettes interactives permettent désormais d'approfondir la découverte du site.

- "Eglise hybride" -

Des fouilles préventives ont par ailleurs révélé les vestiges de l'église médiévale Saint‑Martin, des XIe et XIIe siècles, sur laquelle a été édifié le temple protestant. "Le prince Frédéric Ier avait décidé de faire un édifice magnifique qui montre d'une manière évidente que Montbéliard est protestante", rappelle André Bouvard.

Le pays de Montbéliard compte encore près de 70 temples protestants, dont le Saint‑Martin, situé à proximité du siège régional de l'Eglise protestante unie de France.

Rattaché au Saint‑Empire romain germanique jusqu'en 1793, ce territoire a été marqué par une Réforme relativement pacifique, devenant une terre d'asile pour les persécutés.

Le temple protestant Saint-Martin de Montbéliard, dans le Doubs, le 17 avril 2026

Le temple protestant Saint-Martin de Montbéliard, dans le Doubs, le 17 avril 2026

SEBASTIEN BOZON - AFP

Des valeurs protestantes – rigueur, éducation généralisée, travail conçu comme un devoir – ont façonné l'histoire de la région, berceau de l'industrie automobile. Au XVIIIe siècle, des familles protestantes comme Peugeot, Japy, Méquillet ou Noblot ont contribué à en faire un pôle industriel majeur.

Si le nombre de fidèles décline, Hugues Girardey espère que la réouverture du temple permettra de "réarticuler le cultuel et le culturel".

Il imagine une "+église hybride+, tour à tour havre de spiritualité et lieu d'effervescence", accueillant concerts, spectacles, expositions ou conférences, tout en restant un lieu de culte ouvert sur l'extérieur.

"Le temple n'est pas un lieu sacré", rappelle-t-il, et peut devenir "un lieu d'évangélisation, c'est à dire de rencontre de l'autre, en déconfessionnalisant le discours et sans prosélytisme".

Par Angela SCHNAEBELE / Montbéliard (France) (AFP) / © 2026 AFP

L'info en continu
11H
10H
03H
23H
22H
21H
20H
19H
18H
Revenir
au direct

À Suivre
/