Outre la solitude à laquelle sont confrontés de plus en plus de personnes âgées, la pauvreté s'ajoute à la vulnérabilité du grand âge. Et avec une population vieillissante, beaucoup s'inquiètent du déni des politiques publiques. C'est le cas des Petits Frères des Pauvres et de leur délégué général, Yann Lasnier. Il était l'invité de La France dans tous ses états avec Périco Légasse.
Périco Légasse : À Sud Radio, on est proche des gens en détresse dans le pays, souvent les agriculteurs, les artisans. Et là, pour la situation de nos aînés, moi, je mets les pieds dans le plat. Je dis : on abandonne nos vieux. Il y en a qui nous disent : les vieux sont très bien traités, ils ont de grosses retraites. Oui, dans les milieux aisés, dans les territoires et dans les quartiers chics, les vieux vont bien. Mais ils sont une génération où on ne se plaint pas. J'ai l'impression que le phénomène s'aggrave.
"Au-delà de 60 ans, 11% de la population vit sous le seuil de pauvreté"
Yann Lasnier : Oui, on a fait un rapport aux Petit Frère des Pauvres il y a presque deux ans maintenant qui s'intéressait à la pauvreté. Au-delà de 60 ans, 11% de la population vit sous le seuil de pauvreté. Il existe un récit où on laisse à penser que l'âge de la retraite, c'est un âge où tout le monde est à l'aise, où tout le monde va bien. Ça ne reste que des statistiques. Il y a 2 millions de personnes de plus de 60 ans qui vivent sous le seuil de pauvreté dans notre pays.
Périco Légasse : Yann Lannier, la vraie vieillesse, c'est quoi ? C'est une situation, c'est un état d'âme, c'est un état physique ?
Yann Lasnier : Il y a une confusion majeure qui est faite entre le vieillissement, auquel on peut tous prétendre et la perte d'autonomie. La perte d'autonomie, ça arrive plutôt aujourd'hui après 80 ans, mais vous pouvez avoir des personnes qui malheureusement perdent leur autonomie plus tôt. D'où l'importance majeure des politiques de prévention dans les 20 ans à venir, sur la santé, sur l'alimentation, pour arriver à vieillir en santé.
"Le secteur attend une véritable loi grand âge"
Périco Légasse : Cher Yann Lasnier, on entend des promesses à l'attention de tous les secteurs de la vie économique et sociale de la France, et j'entends peu souvent de promesses ou de propos de sécurité ou de considérations envers les personnes âgées, envers les vieux, envers les anciens. C'est dû à quoi ?
Yann Lasnier : 2015, loi d'adaptation de la société au vieillissement, il y a 11 ans, et depuis, le secteur attend une véritable loi grand âge. Il s'est passé une dizaine de ministres entre Mme Delaunay et celle qui occupe le poste depuis quelques semaines aujourd'hui, et la loi grand âge est sans cesse promise et repoussée.
Périco Légasse : Elle a été portée par qui au départ, la loi grand âge ?
Yann Lasnier : Au départ, c'était Michèle Delaunay qui a fait un premier pas dans le gouvernement de Jean-Marc Ayrault. Après, la nécessité d'adapter quand même notre société à la question de la perte d'autonomie est sans cesse repoussée, parce qu'on sait que ça va coûter de l'argent. Vous savez qu'aujourd'hui, 4 fois plus de personnes meurent de chute dans notre pays que d'accidents de la route. On est à un peu moins de 20 000 personnes qui meurent de chute. C'est vrai qu'un trottoir aujourd'hui mal entretenu dans une collectivité peut avoir des conséquences délétères sur la perte d'autonomie d'une personne âgée.
"L'âgisme, les discriminations liées à l'âge, est encore une discrimination acceptable dans notre pays"
Maud Koffler : Yann Lasnier, il y a aussi un gros tabou sur les vieux en général et la façon dont on en parle. Quand Bayrou parle des boomers, est-ce que ce n'est pas aussi une façon de creuser ce fossé encore entre les jeunes et les vieux ?
Yann Lasnier : L'âgisme, les discriminations liées à l'âge, est encore une discrimination acceptable dans notre pays. Dans le narratif politique, on érige tous les vieux comme étant, aujourd'hui, la population pour laquelle on va payer demain. Nous, on est attachés à un programme qui s'appelle "Génération Liens" pour lutter contre les discriminations liées à l'âge et apporter notre pierre au continuum entre les générations. Les générations ne se font pas encore la guerre, mais j'ai le pressentiment que ça peut arriver demain.
"La question du financement des retraites doit être une vraie question"
Périco Légasse : Le problème, c'est que les vieux, ça barre pas les routes, ça ne prend pas d'assaut les sous-préfectures, ça ne fait pas des manifestations monstres, et pourtant, s'ils étaient rassemblés, imaginez la masse que ça supposerait. Est-ce qu'il est peut-être temps qu'aujourd'hui, un homme politique prenne le dossier en main, ou une mouvance, ou même une association ?
Yann Lasnier : Je suis d'accord mais je ne pense pas qu'il ne faut pas ériger les vieux en clientèle, et notamment en clientèle électorale. Ça suppose aussi de réfléchir de manière totalement globale. La question du financement des retraites doit être une vraie question, la question du financement de l'autonomie doit être une vraie question, et on doit y réfléchir avec l'ensemble des générations.
"La pauvreté progresse dans notre pays"
Périco Légasse : Peut-être demander à quelques privilégiés ? "Est-ce que vous pouvez réduire un tout petit peu votre retraite, et la donner à vos congénères qui n'ont pas eu cette chance de cotiser ?"
Yann Lasnier : Il y a certainement de la péréquation à faire là-dessus, et l'erreur, c'est justement de penser qu'aujourd'hui les seniors sont plutôt des privilégiés. C'est totalement faux, quand vous regardez un peu plus les statistiques, et malheureusement, la pauvreté progresse dans notre pays, ce qui n'est vraiment pas un bon indicateur.
Périco Légasse : C'est un dossier que l'on continuera à suivre de près sur Sud Radio, et surtout dans cette émission, la France dans tous ses états, évidemment, nos anciens, ceux qui ont fait en sorte que nous soyons aujourd'hui à ce poste, et que cette France soit un grand pays, c'est à eux qu'on le doit, et on doit évidemment être soucieux de leur bien-être et de leur avenir.
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