Comme chaque année, la fraude sociale continue d’alimenter les débats, tant par les montants qu’elle représente que par les difficultés pour la combattre. « Ce qu’il faut bien comprendre, c’est qu’il existe un écart très important entre la fraude identifiée et la fraude effectivement recouvrée », explique Benoît Perrin, Directeur de « Contribuables Associés ».
En 2025, environ 14 milliards d’euros de fraude sociale ont été détectés, contre 13 milliards l’an passé. Mais au final, l’État ne parvient à récupérer qu’environ 900 millions d’euros. « Cela correspond à un taux de recouvrement d’environ 6 % », précise Benoît Perrin, un niveau particulièrement faible au regard des sommes en jeu et de la situation économique actuelle.
Les entreprises et les auto-entrepreneurs en tête de file de la fraude
Mais la fraude sociale ne concerne pas principalement les bénéficiaires d’aides. Elle est d’abord le fait des acteurs économiques. « La première fraude sociale, la plus répandue, c’est la fraude aux cotisations sociales », rappelle Benoît Perrin qui explique qu’elle représente un peu plus de la moitié de la fraude totale.
Dans les faits, il s’agit essentiellement de sous-déclarations d’activité. « Ce sont des auto-entrepreneurs qui déclarent mal leur activité pour payer moins de charges, ou des employeurs qui ne déclarent pas leurs salariés », détaille-t-il. Le travail dissimulé, qui permet d’éviter toute cotisation sociale, entre donc dans cette catégorie. Cette fraude, souvent difficile à détecter, prive directement la Sécurité sociale de ressources. Les professionnels de santé sont également responsables de 12% du total de la fraude sociale. « Il s’agit principalement de facturation d’actes qui n’ont pas été réalisés », précise Benoît Perrin.
💸 Le montant des fraudes sociales en France estimé à 14 milliards d'euros en 2025
— Sud Radio (@SudRadio) January 15, 2026
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La fraude aux prestations sociales loin d’être majoritaire
Ainsi, la fraude aux prestations sociales, pourtant très médiatisée, ne représente que « 36 % de la fraude sociale » et repose principalement sur de fausses déclarations principalement sur la situation familiale. « Dès lors que vous vous déclarez comme parent isolé, vous bénéficiez d’une majoration de nombreuses prestations », explique-t-il. Certaines personnes se déclarent ainsi seules alors qu’elles vivent en couple, afin de percevoir davantage d’aides.
Des décès non déclarés pour continuer à toucher une pension
D’autres décident de ne pas déclarer un décès à l’étranger afin de continuer à toucher une pension, ou de sous-déclarer volontairement des revenus pour rester éligible à certaines allocations. Pour Benoît Perrin, cette partie de la fraude reste sous-estimée : « Les prestations sociales représentent environ 800 milliards d’euros par an. Si vous trouvez seulement 2 ou 3 % de fraude, vous dégagez immédiatement 24 milliards d’euros », souligne-t-il.
Seulement 700 contrôleurs pour 90 milliards d’aides
« Aujourd’hui, l’État n’est pas assez bien équipé, notamment pour croiser les fichiers fiscaux, sociaux et bancaires », regrette Benoît Perrin qui justifie ces pertes. « Dans les caisses d’allocations familiales, vous avez environ 700 contrôleurs pour surveiller près de 90 milliards d’euros d’aides », rappelle-t-il. Un constat qui limite logiquement l’efficacité des contrôles. D’autant plus que certaines entreprises peuvent « organiser leur insolvabilité ou disparaître avant tout recouvrement ».
« S’attaquer à la fraude sociale, c’est comme s’attaquer aux pauvres »
Mais pour Benoît Perrin, le principal frein reste politique. « S’attaquer à la fraude sociale est souvent perçu comme s’attaquer aux pauvres », selon lui. Mais il rappelle que « l’enjeu n’est pas la pauvreté. C’est d’aller poursuivre les gens qui fraudent ». De plus, à l’heure où le déficit de la Sécurité sociale dépasse les 20 milliards d’euros, récupérer ce manque à gagner permettrait de générer des recettes bien supérieures aux économies budgétaires actuellement recherchées par l’État.