Pascal Boniface : "les Japonais sont devenus hostiles aux Jeux olympiques"

Pascal Boniface, directeur de l’Iris et auteur de "Géopolitique du sport", était l'invité d'Arthur de Laborde dans le "12-13h de l’été" le 23 juillet 2021 sur Sud Radio.

Pascal Boniface, invité du "12-13h de l'été".

Les Japonais sont nombreux à penser qu'organiser des Jeux olympiques en ce moment n'est pas une bonne idée. Est-ce un événement important d'un point de vue politique ? Il n'est pas censé en être un, mais au cours de l'Histoire, qu'on le veille ou non, les Jeux olympiques ont souvent été au centre de la politique.

"Avec ces Jeux olympiques, les Japonais craignent que l’étranger amène la maladie"

Selon Pascal Boniface, beaucoup de Japonais ne veulent pas de ces Jeux olympiques. "Les Japonais étaient heureux de cette attribution en 2013, alors qu’ils sortaient de Fukushima. On avait des doutes quant à la capacité de Tokyo d’accueillir ces Jeux, alors même que les contaminations se poursuivaient. Aujourd’hui, le Japon est d’ailleurs assez en retard par rapport à la vaccination. En plus, le Japon est un pays assez fermé à l’extérieur. Il y a peu d’étrangers au Japon par rapport aux autres pays, et il y a cette peur que l’étranger amène la maladie.

On a donc un double sentiment. Les Japonais sont devenus hostiles aux Jeux. Pendant de longs mois, ils se demandaient s’ils devaient conserver ou annuler ces JO. Finalement, ils se sont dit que le risque est quand même très faible. Ce ne sera pas la grande fête universelle. Il y avait 80 chefs d’État et de gouvernement lors de l’inauguration des Jeux de Pékin, il y en aura à peine une quinzaine à Tokyo. Il y aura donc moins cette répercussion. (Emmanuel Macron sera présent car la France accueille les JO en 2024.)"

"Les Jeux olympiques n’ont pas empêché la Première guerre mondiale"

Comme l’explique Pascal Boniface, les Jeux olympiques ont toujours été dissociés de la politique et en même temps fortement liés à celle-ci. "Il y a l’aspect géopolitique, c’est que chacun veut briller dans les résultats parce que le fait de briller en sport donne une image positive du pays. C’est ce qu’on appelle le 'soft power' : si vous avez beaucoup de médailles dans le domaine sportif, cela rejaillit sur le prestige de votre pays.

Dès l’origine, le baron de Coubertin disait certes qu’il ne fallait pas mélanger sport et politique. Mais il se contredisait lui-même. Il disait que l’objectif des Jeux était de pacifier les relations internationales. Lorsque les Jeux avaient lieu dans la Grèce antique, les cités arrêtaient de se faire la guerre. Les Jeux olympiques n’ont pas empêché la Première guerre mondiale. Et puis, le baron de Coubertin avait une idée peu avouable : si les Français ont perdu la guerre de Prusse, c’est parce qu’ils étaient moins forts physiquement. Il voulait donc redonner le goût de l’effort, de l’athlétisme et de la gymnastique aux Français.

On se rappelle aussi les Jeux de Berlin en 1936. Entre le moment où les Jeux ont été attribués et celui où ils ont lieu, il s’est passé quelque chose. Ils ont été attribués en 1931 à l’Allemagne, qui avait été interdite de Jeux en 1920 et 1924 : on ne voulait pas que l’Allemagne prenne la revanche de sa défaite militaire sur le terrain sportif. On donne donc les Jeux à l’Allemagne en 1931, sauf qu’Hitler arrive au pouvoir en 1933. Et il va vouloir instrumentaliser les Jeux olympiques au service de sa propagande."

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