La sélection tricolore connaît le nouveau nom de son sélectionneur : Zinédine Zidane. L’ancien coach du Real Madrid a été présenté à la presse ce mercredi 28 juillet. Mais qu’attendre de l’ancien numéro 10 des Bleus. Fred Hermel, biographe de Zidane nous dévoile le portrait de l’ancien milieu offensif des Bleus au micro de Maxime Lledo.
"Zidane n'était pas destiné à être entraîneur"
Zinédine Zidane sélectionneur, c'est un moment exceptionnel ?
« Il a attendu ça toute sa vie, de toute sa vie d'entraîneur. Quand il était joueur, jamais Zidane n'aurait imaginé être un jour entraîneur, puis sélectionneur de l'équipe de France. Mais à partir du moment où il a mal terminé sa carrière de joueur, il fallait qu'il y ait un autre chapitre, avec le football et avec l'équipe de France en particulier." débute Fred Hermel, journaliste et biographe de Zinédine Zidane
«Zidane a été joueur décisif de l'équipe de France, il l'a redit lui-même, il a commencé en minime. Tout petit avec les bleus, il a porté le brassard de capitaine. Être aujourd'hui sélectionneur, et quelque part dans une carrière aussi exceptionnelle que la sienne, la suite logique, justement, de cette aventure. » analyse le journaliste sportif
Quand vous dites mal terminé, c'est quoi ? C'est la fameuse séquence du coup de boule ?
« Bien entendu. Dans l'image de Zidane, en mondiaux visions, devant des milliards de téléspectateurs, c'est un coup de boule, c'est un carton rouge, et une France qui perd en finale contre l'Italie. Je me permets de dire ça parce que je l'ai écrit dans mon livre sur Zidane. C'était environ au novembre 2005, c'est-à-dire quelques mois avant sa retraite, lors d'une discussion après un entraînement, je lui ai dit ça me dirait d'être entraîneur, maintenant que ça va se terminer, etc. Et il m'avait ri au nez . Il m'a dit tu me vois moi entraîneur, mais pas possible. » raconte Fred Hermel
« Il m'avait dit à l'époque qu'il n'y a que deux joueurs de France 98 qui seront un jour des entraîneurs, c'est Didier Deschamps et Laurent Blanc. Il avait bien situé quand même les gars. Pour lui c'était un peu plus compliqué, mais la vie a fait que, et j'insiste, cette fin tronquée de sa carrière de joueur a sûrement conduit à ouvrir un nouveau chapitre dans le football à travers le rôle d'entraîneur et aujourd'hui le rôle de sélectionneur de l'équipe de France de foot. » confie le biographe de ZInédine Zidane
Formation à la française
Il est devenu entraîneur en ne souhaitant pas aller se diplômer en Espagne ou ailleurs. Il a souhaité passer par la case diplôme d'entraîneur à la française ?
«Zidane, comme beaucoup de joueurs, il n'a pas pu faire d'études classiques rapidement. Il était en centre de formation et il avait besoin aussi de cette reconnaissance là, c'est-à-dire de lui aussi pouvoir plancher et avoir des diplômes. C'est une évolution professionnelle, mais c'est aussi une évolution humaine." estime le journaliste C'est aussi une petite revanche sur le fait qu'il n'avait pas eu de diplôme, il n'a pas son bac, et donc de pouvoir faire ces études-là ont été importantes. »
« De choisir la version longue, la version fastidieuse à la française, était aussi une manière de ne pas prêter le flanc à de possibles critiques en disant « Vous savez comment ça se passe ? Ah mais Zidane, il a fait rapidement en Espagne, il n'est pas entraîneur, voilà comment ça se passe. » Donc lui, il a suivi le cursus classique et il a eu sûrement vraiment raison de le faire. »
« Zizou, un homme mûr et moins sanguin »
Comment vous l'avez vu évolué? Quels sont les changements assez nets que vous avez peut-être pu déceler chez lui ?
« En fait, on parle toujours de cette évolution du joueur vers l'entraîneur, mais c'est d'abord un homme qui a mûri. C'est-à-dire que c'est quelqu'un qui a commencé le football très très jeune, qui a commencé le football de haut niveau vers 17-18 ans. Donc c'était un gamin, et aujourd'hui c'est un homme, même pas simplement père de famille, mais grand-père, puisqu'il a des petits-enfants. »
« Il a 54 ans, et c'est quelqu'un qui aujourd'hui est un homme mature. Donc il ne faut pas oublier qu'il a l'évolution naturelle de tout être humain, au-delà de l'évolution professionnelle. »
« Zidane a une aura naturelle »
Qu'est ce qui a changé entre le football qu'a connu Zinédine Zidane et celui d'aujourd'hui? Est ce qu'il arrivera à manager les égos et le "bling-bling"?
« C'est quelqu'un qui a dû manager les égos de joueurs et l'ultra compétitivité des joueurs. » rappelle Frédéric Hermel. Le côté bling bling, ce n'est pas quelque chose qui l'importe. De toute façon, quand on a Zidane, on ne la ramène pas. C'est-à-dire que c'est quelqu'un de l'intérieur du vestiaire, on m'a dit, Zidane est plus autoritaire dans le vestiaire que Mourinho."
« Il a cette autorité naturelle. Et à partir du moment où il a gagné beaucoup de titres, là aussi, ça en impose encore plus. Je me souviens d'une conversation que j'avais eue avec Alvaro Arbeloa, qui était joueur du Réal Madrid quand Zidane était entraîneur. Et Alvaro me disait, pendant une semaine, justement, il y avait l'aura, la légende qui était avec nous. Il me dit, au bout d'une semaine, si la légende ne sait pas bien nous entraîner, ne sait pas faire les bons exercices, la légende n'existe plus. » déclare Frédéric Hermel.
« Pour Zidane, c'était l’équipe de France et rien d’autre »
Zinédine Zidane, c'est trois Ligue des champions avec le Réal Madrid. L'équipe de France, c'était une évidence?
« C'est la raison pour laquelle il a eu des propositions de club. Il y a eu une nouvelle proposition du Real en décembre dernier. En juin 2022, il y a eu une proposition du Paris Saint-Germain. Il refuse tout ça parce que pour lui, son objectif, c'est l'équipe de France. Et je suis persuadé qu'après l'équipe de France, il n'y aura plus rien. Il ne reprendra plus de club. »
« Parce qu'il aura estimé qu'il aura fait tout ce qu'il pouvait faire à sa place. Déjà entraîner le plus grand club de l'histoire du football, le Real Madrid, gagner les trois ligues des champions, c'est difficile de faire mieux. Et puis, l'objectif avec l'équipe de France, c'est de gagner le mondial dont la finale va se jouer normalement. En tout cas, c'est le 21 juillet 2030. Et normalement, ce sera au stade Santiago Bernabeu de Madrid, à côté de chez lui. »
« En 2 ans et demi, il prend trois ligue des champions »
Racontez-nous un peu les coulisses de tout ça. J'imagine les coups de pression, les angoisses, les coups de colère aussi, même si l'homme a mûri.
"C'était un 16 janvier... 8 janvier 2016. Raphaël Benitez, venait d'être licencié. » évoque Fred Hermel Il prend l'équipe avec l'objectif de plus ou moins bien terminer la saison et il gagne la Ligue des Champions. Donc, ça l'a lancé de manière définitive. Ça l'a propulsé. Après, au bout de 3 ans, il arrête. Enfin, 2 ans et demi, 3 Ligue des Champions de suite. »
« Il arrête et il revient pour une deuxième étape en 2019 qui va durer 2 ans et qui va être moins glorieuse parce qu'on était avec une équipe en fin de cycle. Et Zidane, à un moment, lui, m'avait expliqué que quand il est parti la première fois du Real, il avait peur que son discours ne passe plus. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, les joueurs ont besoin de beaucoup de stimuli, ont besoin de beaucoup de changements. »
Il vient avec son staff, combien de personnes le composent ?
« Zidane n'est pas venu pour l'argent. Ça, c'est évident. Et puis, un staff, oui, parce qu'il a son staff de fidèles composé de David Bettoni, Amidou Mcedier, Grégory Dupont et Stéphane Planck. »
« Il y aura peut-être Fabien Barthez. En tout cas, ça, on ne le sait pas encore. Mais en tout cas, les fidèles de Madrid sont là. Et aussi, c'est quelqu'un qui va apporter beaucoup d'éléments au niveau de la data, d'utiliser les techniques les plus modernes justement pour apporter quelque chose. Parce qu'il faut apporter quelque chose après cette période exceptionnelle avec Didier Deschamps. Didier Deschamps, on a fait quand même une coupe du monde, une place de finaliste et une place de demi-finaliste. »
« Plusieurs hommages rendus par Zidane »
Lors de la conférence de presse, Zinédine Zidane a rendu plusieurs hommages , c'est très classique chez lui?
« Il était classique. Il n'y a rien d'extraordinaire. Mais moi, je ne m'attendais pas à ce qu'il ait des problèmes. Il a dû parler en espagnol quatre fois par semaine dans le plus grand club du monde et passer par des crises énormes. A son arrivée, tout le monde l'a applaudit. Il était ravi d'être là. Les gens étaient ravis qu'il soit là. Après, il ne faut pas oublier qu'il a joué à Bordeaux pendant de nombreuses années. Ce qui se passe en Gironde, ça le concerne aussi personnellement. En tant que Français, en tant qu'ancien Girondin aussi. C'était important. »
« Zidane avait envie de le dire. C'est assez classique. Je ne voudrais pas qu'on en fasse trop autour de Zidane. J'ai quand même l'impression qu'il y a une émotion. Je ne voudrais pas que cette émotion et le fait que tout le monde l'applaudisse se transforme en critique en sifflet après le premier match à Lille. Il y a beaucoup d'attentes. On vient de passer 14 ans avec Deschamps. Ça sera un style différent. Il faut lui laisser le temps de s'imposer. On est tous contents qu'il soit là. Il ne faut pas en faire trop non plus. Zidane est un immense entraîneur. Il faut lui prouver qu'il peut être un très bon sélectionneur. » conclut Frédéric Hermel