Autodidacte d'origine populaire, Yvette Roudy, qui fut la première ministre des "Droits de la femme", décédée mardi, considérait féminisme et socialisme comme des combats "indissociables".
"Je veux former un ministère qui travaille à sa propre disparition", dit-elle lorsque, à 52 ans, elle est nommée ministre déléguée aux "Droits de la femme", à l'arrivée de la gauche au pouvoir en 1981.
Devenue plus tard ministre de plein titre, elle garda ses fonctions jusqu'à la cohabitation de 1986.
Signataire en 1971 du "Manifeste des 343 salopes" pour le droit à l'avortement, elle fit voter le remboursement de l'IVG et laisse son nom à la loi de 1983 sur l'égalité professionnelle.
Mais, face à l'opposition des publicitaires qui la traitaient d'"ayatollah", elle dut renoncer à son projet de "loi anti-sexiste", contestée jusque dans les rangs socialistes. Censée réprimer les atteintes à la dignité des femmes, cette loi aurait ciblé des affiches telles que celle montrant à l'époque la chanteuse Grace Jones nue, à quatre pattes dans une cage.
"Le ciel des machos me tomba sur la tête et faillit m'engloutir", écrira-t-elle dans un de ses livres, "Mais de quoi ont-ils peur?".
Elle s'attira aussi les critiques de l'Académie française quand elle créa en 1984 une commission pour la féminisation des noms.
"On a eu 2.000 ans de machisme, et cela ne fait que 50 ans que les femmes se battent", remarquait-elle en 2014 lors d'une réunion sur la parité en politique, pour expliquer le chemin restant à faire.
Née le 10 avril 1929 à Pessac (Gironde) dans un milieu ouvrier, Yvette Roudy commença à travailler à 17 ans comme secrétaire, tout en suivant des cours du soir.
Elle décrivit son père comme "très autoritaire et passablement machiste". "Je me suis engagée, peut-être à cause de lui, dans le féminisme et le socialisme. Ces deux combats sont chez moi indissociables, complémentaires".
- "Canard dans une couvée de cygnes" -
Jeune mariée, elle suit en Ecosse son époux étudiant Pierre Roudy, futur agrégé d'anglais, écrivain et homme de théâtre.
A leur retour en France quelques années plus tard, elle passe son bac et un diplôme d'anglais, et devient traductrice à Bordeaux, puis à Paris.
Elle y rencontre l'intellectuelle Colette Audry et traduit le livre "La femme mystifiée" de la féministe américaine Betty Friedan, ce qui contribue à son entrée dans le militantisme.
Elle rejoint le Mouvement Démocratique Féminin (MDF) et est rédactrice en chef de la revue "La femme du XXe siècle" de 1964 à 1967, mais garde ses distances avec les mouvements plus radicaux. "Je ne me suis jamais sentie proche des féministes autonomes, celles qui rejetaient la politique et les partis", dira-t-elle.
En 1965, elle adhère à la Convention des Institutions Républicaines (CIR), formation politique dirigée par François Mitterrand, qu'elle suivra au Parti socialiste. "Il m'arrive parfois de m'y sentir comme un canard dans une couvée de cygnes", confiera-t-elle.
C'est aussi à cette époque qu'elle rejoint la Grande loge féminine de France.
Elle est élue en 1979 au Parlement de Strasbourg, où elle rencontre Simone Veil.
"Peut-être qu'avec des gens qui ne sont pas sur la même ligne, elle paraît trop engagée, trop sectaire", témoigna cette dernière à son propos. "Mais le combat pour les droits des femmes est tellement difficile à mener que si on n'est pas comme ça, on n'y arrive pas".
Après sa sortie du gouvernement, Yvette Roudy fut élue députée du Calvados et conserva son mandat jusqu'en 2002, avec une interruption de quatre ans. Elle fut maire de Lisieux pendant 12 ans.
En juin 1996, elle signa le "manifeste des dix pour la parité" avec d'anciennes ministres de droite et de gauche dont Simone Veil et Edith Cresson, et participa en 2007 à la campagne présidentielle de Ségolène Royal.
Jusqu'à un âge avancé, on pouvait la croiser dans des manifestations pour les droits des femmes. Son dernier livre, paru en mars 2020, s'intitule "Lutter toujours".
Par Pascale JUILLIARD / Paris (France) (AFP) / © 2026 AFP
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