Thibault de Montbrial - "La stratégie des islamistes est théorisée : provoquer puis se victimiser"

Avocat au barreau de Paris, avocat de Zineb El-Rhazoui, président du Centre de réflexion sur la sécurité intérieure, publie "Osons l'autorité" aux éditions de l'Observatoire. Il réagit à l'attentat de Conflans-Sainte-Honorine, où un enseignant a été lâchement et sauvagement assassiné pour avoir montré des caricatures de Charlie Hebdo à ses élèves, en défendant la liberté d'expression - et de caricaturer.

À la fois avocat d'une ex-journaliste de Charlie Hebdo, Zineb El-Rhazoui, et président du Centre de réflexion sur la sécurité intérieure, Thibault de Montbrial est un invité plus que pertinent pour évoquer l'attentat islamiste de Conflans-Sainte-Honorine.

"On s'est laissé prendre dans un piège qui pourtant est théorisé. La stratégie des Frères Musulmans pour la conquête des pays occidentaux se fonde sur un cycle simple : provocation puis victimisation. Cette décapitation, c'est l'application de la charia sur le sol français. Les appels relayés sur les réseaux sociaux par des associations islamistes ont désigné Samuel Paty comme cible. Je suis l'avocat de Zineb El-Rhazoui, elle a été prise dans le collimateur d'une association islamiste (Baraka City) et de son président (Idriss Sihamedi). Et c'est compliqué parce que des gens vous disent qu'il n'y a rien qui présage d'un passage à l'acte. On a en face de nous des gens qui maîtrisent extrêmement bien le droit et le vocabulaire et qui sont toujours à la limite."

"L'islamisme a deux chemins : la violence pour fracturer le pays, ou alors les non-violents qui souhaitent nous conquérir en utilisant nos propres lois."

"Notre société est plus fragmentée que jamais dans notre histoire contemporaine. Aujourd'hui, la violence est en train de devenir un des modes normaux de résolution des conflits : violences contre les forces de l'ordre, violences entre concitoyens, violences territoriales et violences ethniques.Violence partout."

"Quand Charlie Hebdo a republié les caricatures, seul Causeur les a republiés. Les autres médias français ont été refroidis par l'attentat du 7 janvier 2015. Ce qui risque de se passer, c'est que les enseignants à leur tour prennent peur. Il faut que tout le monde publie les caricatures, c'est notre immunité de groupe, pour que personne en particulier ne soit ciblé.

"Dans l'exposé des motifs de la Loi Avia, il y avait quand même "lutte contre l'islamophobie" dont le concept est en soi scandaleux car c'est justement le terme utilisé par les islamistes pour qu'on ne puisse pas critiquer l'islamisme. Et ce qui était justement prôné dans cette loi - et que le Conseil constitutionnel a lui-même censuré -, c'est que sur simple signalement dans les 24 heures, ce soit la plate-forme elle-même qui retire le message. Et donc tous les gens engagés auraient été suspendus de fait de groupes de pression."

"Les mesures annoncées par Gérald Darmanin (dissolution prévue du CCIF et de Baraka City, ndlr), c'est du bon sens. Mais pourquoi avoir attendu aussi longtemps ? Quand on explique qu'il y a 4111 étrangers inscrits au fichier des terroristes dangereux, en quoi est-ce qu'un type identifié comme présentant un danger terroriste et étranger aurait la légitimité de rester sur notre territoire ? Là, intellectuellement, je bloque."

"Il n'y a que 15 % de reconduite à la frontière pour les personnes en situation irrégulière en France. Lors de la vague d'immigration de septembre 2015, un million d'étrangers sont entrés en Europe, on ne connaît que 100 000 identités. Cela veut dire qu'il y a 900 000 personnes dont on ne connaît pas l'identité."

"À Romans-sur-Isère, c'était un Soudanais. Devant les anciens locaux de Charlie, c'était un Pakistanais et vendredi, c'était donc un jeune Tchétchène. Les trois derniers attentats commis en France l'ont donc été du fait d'individus sous le régime de l'asile."

"J'ai servi dans l'armée française. Je ne me résous pas à passer devant les cimetières, devant les milliers de tombes de jeunes Français morts pour la République et qui doivent se dire "Mais qu'est-ce qu'il se passe ?". Notre société est en train de s'effondrer. Il ne faut plus subir. Conserver de l'optimisme. Nous avons abandonné la question de la transcendance."