Jacques Cardoze : Que retenez-vous de vos échanges avec les jeunes à Béziers, notamment après la séquence très commentée où vous leur avez demandé de ne pas vous tutoyer ?
« Mais je retiens qu'il y a deux sortes de manifestants. Il y a le petit con en question. Écoutez, j'ai l'âge d'être grand-père. Non, il ne me tutoie pas, non, il ne m'adresse pas la parole comme ça. Non, il ne jette pas des cailloux sur les flics, non, il ne cache pas son visage, non, il n'est pas en uniforme, tous de noir vêtus.
Et il y a ceux autour de lui qui gueulaient parce qu'il donnait une image épouvantable de leur mouvement, qui ont des revendications. Alors, on peut en penser vous et moi un certain nombre de choses différentes, où on peut penser qu'il y a des choses qui sont réalistes et d'autres qui ne le sont pas, mais au moins, on peut discuter avec un certain nombre.
🔴@Menard_off va à la rencontre des lycéens sur les blocus ! #BlocusLycées 🗣️ "Il y a deux types de manifestants : les petits cons et ceux qui ont de vraies revendications"#GrandMatin 📻 https://t.co/LIMgdJRBVG https://t.co/cE7gQvKEwl
— Sud Radio (@SudRadio) October 8, 2026
"Un gamin de 13 ans a jeté un cocktail molotov sur la police"
Et c'est ce que j'ai essayé de leur expliquer. Je leur ai expliqué : laisser faire ces petits crétins à côté de vous, ça détériore l'image que vous avez. Or, j'étais avec des gamins avec qui tu as envie de parler. Le problème, c'est que le type en question, le gamin en question comme eux, qu'est-ce qu'il doit avoir, 15 ou 16 ans ? Il leur fait peur. Il fait peur aux CRS. Comment vous voulez qu'il ne fasse pas peur à ses collègues ? Je ne sais même pas si ce sont ses collègues parce qu'en l'occurrence, quand je leur demande : "Mais est-ce que vous le connaissez celui-là et d’autres ?", ils ne les connaissent même pas. Ils ne sont pas du même bahut.
Certains n'étaient pas de Béziers, parce que moi je me suis posé la question. Alors il y en a oui, évidemment, mais il y en a qui n'étaient pas du lycée. En plus, je connais le lycée parce que c'est mon lycée quand j'étais jeune. Je connais le proviseur, j'ai discuté avec lui. Il ne les connaît pas. Et puis il y en a qui le connaissent.
Mais d'ailleurs un des problèmes, je ne sais pas si vous avez vu, les gens disent : "Ah regardez, ils n'ont pas de casier judiciaire et tout ça." Mais c'est ça que je trouve sidérant et encore plus inquiétant, c'est justement qu'ils n'ont pas de casier judiciaire. Comment tu peux passer de rien du tout à ça. Hier matin, un gamin de 13 ans ! Vous savez ce que c'est à 13 ans ? C'est des bébés à 13 ans ! Il jette un cocktail Molotov sur un véhicule de police secours. Enfin, qu'est-ce que vous voulez que je lui dise ? Alors oui, je les ai traités de "petits cons", mais pardon, expliquez-moi, qu'est-ce que vous leur diriez ? "Chers enfants, ce n'est pas très bien" ? Eh non, c'est un petit con ! »
"Comment tu as envie d'être prof aujourd'hui ?"
C'est une façon aussi de faire un peu de pédagogie sur l'autorité, sur ce qui est autorisé, sur ce qui ne l'est pas. Vous êtes frappé par ce côté très décomplexé, sans fard, d'un certain nombre de ces jeunes ?
« Oui, et puis en plus je suis stupéfait. Vous avez vu le moment de démocratie interne ? Mais enfin honnêtement, c'est ça le problème. Un moment de démocratie interne, ça va permettre au gouvernement de patienter deux semaines jusqu'aux prochaines vacances. Ils n'ont pas besoin de ça, les enfants. Ils savent bien que vous les prenez pour des imbéciles quand vous leur dites ça. Ce qu'il faut leur dire, c'est que d'abord, oui, il y a des problèmes. Oui, il y a des horaires, mais ils ont tellement voulu d'options.
Vous vous rappelez, il fallait mettre des options pour tout. Aujourd'hui, le proviseur, quand vous discutez avec lui, il se dépatouille avec les horaires. Oui, il manque de profs. Enfin, comment tu as envie d'être prof aujourd'hui comme tu es traité ? Oui, il y a des bâtiments qui ne sont pas en bon état. Et oui, il y a Parcoursup qui ne répond pas. Mais vous savez, quand on fait croire à ces gosses qu'il y a 80 % de jeunes d'une tranche d'âge qui vont avoir le bac, vous savez quoi ? Ça veut dire que le bac, ça ne vaut pas grand-chose. C'est ça la réalité. »