Relais routiers fermés: "C'est surtout pour se toiletter... On n'est pas des chiens !"

Les relais routiers au centre d'un bras de fer entre les professionnels du transport et l’exécutif: ces établissements où les chauffeurs peuvent se restaurer ou prendre une douche ne peuvent plus accueillir de public depuis le début du confinement. Mais face à la menace des organisations syndicales et patronales de mener des actions, le gouvernement a finalement autorisé la réouverture de certains relais, 250 seulement. Pas assez, répondent les professionnels, qui appellent à poursuivre le combat. En Haute-Garonne par exemple, seuls cinq établissements sont ouverts.

Photo d'illustration. Cyrille Mathieu / Sud Radio
Reportage Sud Radio de Thomas Rossi

 

Il est midi et demi au relais routier La Fermière, à Mondavezan, à une soixantaine de kilomètres au sud de Toulouse. La douzaine de chauffeurs présents s'apprêtent à déjeuner. Parmi eux: Dominique, qui vient de Normandie et Philippe, parti de Loire-Atlantique: "C'est un problème qu'il y ait si peu de restaurants ouverts ! Faut pas les louper... C'est surtout pour se toiletter, on n'est pas des chiens !" Manger, bien sûr, mais aussi aller aux toilettes et prendre une douche: pour ces chauffeurs qui partent souvent une semaine, les relais routiers sont indispensables. Des chauffeurs qui, à l'instar de Jérôme, venu de Charente-Maritime, ont un peu l'impression d'être parfois les oubliés de la crise sanitaire:

"C'est quand même nous qui approvisionnons toute la France, tout le monde mange. Nous, on n'a rien. Si, on a la nature, et peut-être des feuilles pour s'essuyer!"

 

L'établissement fait partie des 250 autorisés à rouvrir en France. Ils ne sont que cinq en Haute-Garonne. Vendredi, Nathalie Nonnez, qui dirige ce relais routier vieux de 60 ans, a reçu un coup de téléphone de la préfecture lui annonçant la nouvelle. Et malgré le nombre réduit de clients, elle n'a pas hésité une seconde: "Quand-même, les pauvres, ils nous font travailler toute l'année. Et qu'on ne puisse pas les aider, ça nous faisait du mal!"

 

"250 relais ouverts pour 400.000 conducteurs en France"

Pour Jérôme Bessière, le représentant départemental de la Fédération nationale des transports routiers Occitanie Pyrénées, cette réouverture de certains établissements est arbitraire et surtout très insuffisante

"Il y a 400.000 conducteurs en France, et 250 points de ravitaillement ouverts ! Tous les jours, des restaurateurs nous appellent en demandant pourquoi ils ne sont pas sur la liste... On est bien en peine de pouvoir leur répondre !" - Jérôme Bessière, FNTR Occitanie Pyrénées

 

Les organisations syndicales et patronales ont promis mardi "d'accentuer la pression" pour obtenir la réouverture de tous les centres et relais routiers.

 

 

Cyrille Mathieu / Sud Radio

 

250 dérogations pour rouvrir: "On est loin du compte !"

"C'est très bien qu'il y ait cette prise en considération de la problématique par les pouvoirs publics: finalement, on se rend compte que le conducteur routier a besoin de déjeuner, à l'instar de beaucoup d'autres personnes. On a conscience qu'il y a un contexte particulier, mais aujourd'hui on parle beaucoup de cette liste de 250: si elle règle 20% du problème, ça sera une bonne chose ! On cristallise un petit peu là dessus sous prétexte que ça vient des pouvoirs publics et que c'est présenté comme LA solution qui va sauver les conducteurs français... On est loin du compte !" - Jérôme Bessière, FNTR Occitanie Pyrénées