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Othman Garrido : un parcours marqué par l'idéologie jihadiste

De son enfance baignée dans l'idéologie jihadiste d'une famille à la dynamique décrite comme sectaire jusqu'aux exécutions pour lesquelles il est jugé à Paris, les experts ont tenté jeudi de cerner la personnalité d'Othman Garrido, soupçonné d'avoir été un bourreau du groupe Etat islamique (EI).

Othman Garrido pendant son procès, entouré d'experts en psychiatrie.
ZZIIGG - AFP

De son enfance baignée dans l'idéologie jihadiste d'une famille à la dynamique décrite comme sectaire jusqu'aux exécutions pour lesquelles il est jugé à Paris, les experts ont tenté jeudi de cerner la personnalité d'Othman Garrido, soupçonné d'avoir été un bourreau du groupe Etat islamique (EI).

"Je n'ai jamais entendu une expérience pareille", témoigne une psychiatre entendue par la cour d'assises spécialement composée, et qui a expertisé l'accusé en 2021.

Devant cette "personnalité remaniée", et alors que l'"embrigadement a été tellement précoce", le départ sur zone "si jeune", il est "difficile de savoir ce qu'est sa personnalité de base", explique-t-elle.

"C'est tellement contraint qu'on ne sait pas ce qu'il est", dit-elle encore.

Aujourd'hui âgé de 32 ans, Othman Garrido est l'un des quelque 1.500 Français, hommes et femmes, partis en zone irako-syrienne rejoindre les rangs du groupe EI.

Resté en Syrie de 2012 à 2020, il est accusé d'avoir participé à l'exécution publique de deux Iraniens en 2015, et d'avoir décapité une troisième victime en un lieu et à une date indéterminés.

S'il a reconnu lundi à l'ouverture du procès certains faits, il a catégoriquement nié avoir été un bourreau du groupe EI et avoir eu une place importante au sein de l'organisation jihadiste.

Ni troubles de la personnalité, ni troubles psychiatriques, ni antécédent de perte de réalité n'ont été relevés par les experts entendus jeudi, mais une intelligence décrite comme étant dans la norme.

Lui, regard fixe et perçant, les écoute rapporter l'enfance telle qu'il leur a racontée: une sorte de huis clos, un monde parallèle sans télévision ni musique et dédiée à l'étude du Coran. Des journées où il fallait se cacher des voisins pour qu'ils ne s'aperçoivent pas qu'il ne fréquentait pas l'école.

A l'origine de son "parcours atypique", il y a donc eu "un monde à part", résume un psychologue, un monde "très sectaire" marqué par la "rigidité" de ce père "sidérant" converti à l'islam. Au moment de cette expertise en 2023, l'accusé reste selon cet expert "subjugué" par ce père mort dans un attentat suicide en Syrie, un père "demi-dieu" qui "fait peur et qui fascine".

C'est avec lui, avant le départ en Syrie, que travaillera sur les marchés l'adolescent déscolarisé en France après avoir fréquenté un temps, enfant, une école coranique au Maroc, pays d'origine de sa mère.

"Il s'est adapté à son enfance, il s'est adapté à la violence en Syrie", "contraint par son environnement à rationaliser et prendre de la distance par rapport aux évènements", poursuit le psychologue, selon qui l'accusé "n'est pas en rupture, mais en rejet d'un modèle".

- "Sur quoi s'accrocher ?" -

Si le poids de l'enfance semble cerné, les perspectives d'évolution questionnent la cour.

"C'est quelqu'un qui pourrait être réadaptable", estime la première psychiatre.

La présidente relève ce conditionnel.

"Quand on parle de +DÉ-radicaliser+, +RÉ-insérer+, +RE-construire+, ces préfixes supposent d'avoir eu un socle au départ qui n'est pas celui" de l'accusé, dit par ailleurs la présidente. "Quand on se retrouve dans la situation de M. Garrido (...), est-ce qu'on doit considérer qu'on est susceptible de reconstruire, ou est-ce difficile car on n'a aucun repère au départ ? Sur quoi peut-on s'accrocher pour se reconstruire, réinsérer, déradicaliser ?"

"Il vivait un peu en vase clos mais pas tout à fait", tempère une autre psychiatre en réponse.

"Il avait des contacts avec des grands-parents" notamment. Un tel parcours de violences et de vie recluse, si l'accusé "a vécu ce qu'il décrit", induit des "vulnérabilités", mais ce n'est pas parce qu'on grandit dans tel ou tel milieu qu'on devient telle ou telle personne", l'évolution c'est aussi "multifactoriel", "individuel", ajoute la médecin, qui mentionne "un niveau élevé de dangerosité".

Quant à ses émotions à l'évocation des personnes suppliciées, dont des photos glaçantes ont été projetées lundi, alors qu'il est "capable d'empathie", "il parle de lui spontanément, pas des victimes".

Le procès doit se poursuivre jusqu'au 22 septembre.

L'accusé encourt la réclusion à perpétuité.

Par Anne-Sophie LABADIE / Paris (France) (AFP) / © 2026 AFP

#OthmanGarrido #Trial #ISIS #Jihadism #France

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