Procès de France Telecom : "on attend qu'ils nous disent qu'ils ont fait une connerie, c'est tout !"

Didier Lombard
Le procès des anciens dirigeants de France Télécom, pour harcèlement moral au travail ou complicité, s'ouvre lundi 6 mai devant le tribunal correctionnel de Paris. AFP

C'est la première fois qu'une entreprise du CAC 40 est jugée pour "harcèlement moral" : 10 ans après la vague de suicides à France Télécom, le procès de ses ex-dirigeants, dont son ancien patron Didier Lombard, s'ouvre ce lundi devant le tribunal correctionnel de Paris. Entre 2006 et 2008, l'ancien PDG Didier Lombard s'engage dans un vaste plan de restructuration, baptisé NEXT et visant à supprimer 22.000 postes. 39 victimes seront citées dans ce procès : 19 suicides, 12 tentatives de suicides et 8 victimes de dépression ou d'arrêt de travail. Un procès très attendu par les familles de victimes, par les salariés et les anciens salariés. Mathilde Choin de Sud Radio est allée à leur rencontre.

 

"Il y a une cicatrice. Une cicatrice, ça ne fait rien, sauf quand on la gratte !"

Après des années d'attente, Yves Minguy pense à ce procès non sans appréhension : "il y a une cicatrice. Une cicatrice, ça ne fait rien, sauf quand on la gratte !" confie-t-il au micro de Mathilde Choin de Sud Radio. Informaticien, il se souvient très bien de ses débuts aux PTT, dans les années 70 : "on est rentré sur un challenge, avec la notion de fonctionnaire. Ça s'est dégradé et voilà où on en arrive..."

En 2006, France Télécom, très endetté, doit faire face à la concurrence et se lance pour objectif de faire partir 22.000 salariés en trois ans. Yves est alors cadre, à la tête d'une équipe d'une vingtaine de personnes : "arrivé bien en haut de l'échelle, un matin on m'a dit 'tu arrêtes tout et tu vas répondre au téléphone sur un plateau'. Un coup de fusil, c'est le cas de le dire".

Son médecin le met en arrêt puis il tombe dans une lourde dépression. Après de nombreuses séances chez le psychologue, il finit par se remettre sur pied : "quand on a été mis au placard, soit on coule, soit on s'effondre, soit on se redresse. Je me suis redressé mais si je n'avais pas eu mon épouse, je ne serait plus là".

"On attend qu'ils nous disent qu'ils ont fait une connerie, c'est tout !"

Aujourd'hui spécialisé dans la communication d’entreprise avec son épouse, Yves se porte civile et n'espère qu'une seule chose : "qu'ils nous disent qu'ils ont fait une connerie, c'est tout ! L'argent, la reconnaissance, on s'en fout de ça". Les syndicats, eux aussi parties civiles dans ce procès, aimeraient que ce procès puisse déboucher sur l'ouverture d'un fonds d'indemnisation des victimes et de leur famille.

L'opérateur, de son côté, conteste en particulier les accusations de harcèlement. L'année dernière, Jean Veil, l'avocat de l'ancien PDG Didier Lombard, avait jugé "absurde" le renvoi en correctionnel de son client. Le procès doit se tenir jusqu'au 12 juillet.

 

Sébastien Crozier, le responsable du syndicat CFE-CGC Orange, raconte avoir assisté à l'agonie d'une de ses collègues qui a tenté de se suicider :

 

Sébastien Crozier, le responsable du syndicat CFE-CGC Orange, dénonce la violence verbale employée par la direction :

 

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