Procès Barbarin - les catholiques s'interrogent

Alors que s'est ouvert hier le procès en appel du cardinal Barbarin pour non-dénonciation d'agression sexuelle, l'Eglise tente tant bien que mal de surmonter la crise des prêtres pédophiles. Plus de 2800 témoignages d'abus sexuels ont été recueillis depuis juin dernier. Un sujet qui concentre beaucoup d'interrogations chez ses fidèles, et les déstabilisent parfois.

Le cardinal Barbarin pendant son procès en appel à Lyon, le 28 Novembre 2019. (AFP)

Un reportage d'Alexandre de Moussac pour Sud Radio

 

 

Hier s'ouvrait le procès en appel du cardinal de Lyon, Philippe Barbarin. Le prêtre le plus renommé de France est sous les feux des projecteurs après qu'il eût été mis au courant des agissements - entre autres - du père Peyrat en banlieue lyonnaise, sans pour autant le dénoncer. Depuis le mois de juin, 2800 témoignages d'abus sexuels ont été recensés avec notamment ceux de l'association "La parole libérée". Dans l'opposition face à Barbarin figure un autre prêtre en tête d'affiche :  le père Vignon. Ce dernier s'est fait connaître pour sa traque des abus sexuels et a d'ailleurs demandé la démission du cardinal. Pour lui, l'Église commence lentement mais sûrement à faire le ménage.

Le père Vignon mêle optimisme et méfiance : "Pour l'instant, on en est au stade du diagnostic et de la découverte. Ne soyons pas trop pessimistes, il y a des débuts de passage à l'acte. mais il ne faut pas crier victoire trop vite, ce n'est pas parce qu'on fait le bon diagnostic que le patient est guéri".

 

Des fidèles partagés

Grand-mère à la retraite, Aline a toujours mis ses enfants et ses petits-enfants au catéchisme et chez les scouts les yeux fermés. Mais aujourd'hui, elle y réfléchirait à deux fois.

"J'aurais peut-être une attitude un peu plus méfiante, attentive. Je leur poserais plus de questions". Pour elle, les prêtres devraient être accompagnés dès leur ordination, "que ça rentre dans la formation des prêtres" suggère Aline, grand-mère à la retraite.

 

Dans un tout autre registre, celui du fervent défenseur confiant en son institution, Olivier compte bien intégrer son enfant en bas-âge dans le monde catholique.

"Je ne tiens pas à participer à ce climat de défiance vis-à-vis de l'Église. Non pas pour nier ce qui s'est passé mais je crois qu'on exagère beaucoup de choses aujourd'hui. Il faut savoir raison garder." affirme Olivier, fatigué des clichés autour de l'Église.

 

Diacre dans une église de l'ouest parisien, Jean-Pierre estime que l'Église doit faire un grand ménage si elle veut surmonter la crise qu'elle traverse actuellement. "L'idée, c'est de purifier l'Église, que les victimes s'expriment" avance-t-il.

Il y a moins d'un mois, les évêques se sont prononcés en faveur du versement d'une somme forfaitaire pour les victimes de prêtres pédophiles. Est-ce que cela réparera les stigmates des traumatismes ? Clairement pas. Est-ce que cela montre la volonté de l'Église comme institution d'évoluer sur le sujet de la pédophilie et de libérer la parole des victimes ? Sans aucun doute.