Alors que la guerre au Moyen-Orient continue de faire rage, le prix du carburant continue de grimper. Pour Jean-Marc Daubert, marin-pêcheur à Port-en-Bessin, les coûts sont bien trop élevés, même si l’État promet une aide de 20 centimes par litre en avril. Fixés par la criée via l’offre et la demande, les prix du poisson ne compensent pas la hausse de l'essence. La filière réclame donc un prix plafonné autour de 60 à 70 centimes, ainsi qu’une adaptation des règles européennes.
Jean-Marc Daubert, pêcheur en Normandie, témoigne : « Aujourd’hui, au minimum, sans compter les frais annexes comme la nourriture, uniquement en consommation de gasoil, on est entre 1 600 et 2 000 euros par sortie en mer », souligne le pêcheur normand. Auparavant, le prix était au maximum de 60 centimes le litre : le coût d’une sortie s’élevait donc à 900 euros au maximum.
« Aujourd’hui, il faut vraiment faire du chiffre »
L’augmentation est telle que la question de rester à quai se pose véritablement : « On y réfléchit clairement, ça, c’est sûr. Il ne faut pas que ça continue trop longtemps, sinon on risque d’en arriver là. Avant, même par mauvais temps, on sortait toujours, parce qu’on arrivait à “pêcher un peu” pour couvrir les coûts. Aujourd’hui, il faut vraiment faire du chiffre », explique le gérant de la poissonnerie La Maison Daubert.
« Le problème, c’est que la pêche, ce n’est pas comme l’agriculture : on ne sait pas à l’avance ce qu’on va récolter. Parfois, on a de la chance, parfois non », conclut-il.
« C'est la crise »
Aujourd’hui, « pêcher un peu » ne suffit plus, mais pêcher normalement ne semble pas non plus combler le trou dans le portefeuille, même si « le prix du poisson a été à peu près maintenu ». Jean-Marc Daubert ajoute : « C’est une vente aux enchères, donc c’est l’offre et la demande. S’il n’y a pas de demande en face, ce n’est ni la faute de la criée, ni celle du pêcheur, ni celle du mareyeur. C’est la situation actuelle, c’est la crise. Si le consommateur n’a pas les moyens d’acheter du poisson, alors le poissonnier, le mareyeur et le pêcheur non plus ne s’y retrouvent pas. C’est un cercle vicieux. »
« On aimerait un prix bloqué »
Alors que « le gasoil représente environ 40 % des charges ! », le pêcheur et poissonnier déplore : « Ça risque de devenir un enfer. » Pour lui, l’État doit réguler les prix : « On aimerait un prix bloqué. Le problème, c’est que ça continue d’augmenter. Une hausse de 20 centimes, ça peut passer, mais si ça continue à grimper, ça ne tiendra pas, déclare-t-il. Ce matin, on était déjà à 97 centimes le litre. Il y a cinq ans, on faisait grève pour ça, et déjà personne ne s’en sortait. Donc, idéalement, entre 60 et 70 centimes maximum. »
Un appel à la grève
Le prix a même dépassé 1 euro par litre à certains endroits. C’est une hausse spectaculaire qui met en danger la profession. Dans le sud de la France, en Méditerranée, les pêcheurs appellent déjà à la grève. En Normandie, ce n’est pas le cas, mais cela ne saurait tarder : « Les marins en ont marre, ça risque d’exploser », prévient Jean-Marc Daubert.