single.php

Pointe-à-Pitre: Darmanin ordonne un couvre-feu pour les mineurs

Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a ordonné mercredi soir l'instauration pendant deux mois d'un couvre-feu pour les mineurs à Pointe-à-Pitre, pour lutter contre une flambée de la délinquance dans la capitale économique de la Guadeloupe, devenue un "coupe-gorge" selon son maire.

Miguel MEDINA - AFP/Archives

Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a ordonné mercredi soir l'instauration pendant deux mois d'un couvre-feu pour les mineurs à Pointe-à-Pitre, pour lutter contre une flambée de la délinquance dans la capitale économique de la Guadeloupe, devenue un "coupe-gorge" selon son maire.

La mesure entrera en vigueur à partir de lundi à Pointe-à-Pitre et pourra être appliquée "dans d'autres endroits de Guadeloupe", a déclaré M. Darmanin dans une interview sur la chaîne Guadeloupe 1ère, citant notamment les villes du Gosier ou des Abymes.

Cette mesure sera effective les soirs, à partir de 20H00.

Avant d'enregistrer l'interview, un incident a émaillé le déplacement du ministre. Dans les locaux de la télévision près de Pointe-à-Pitre, M. Darmanin a été vivement empoigné mais pas blessé par un jeune homme, aussitôt interpellé et placé en garde à vue.

Un homme "d'une vingtaine d'années", selon une source proche de l'enquête, s'est approché du ministre, demandant à lui parler, ont relaté à l'AFP deux témoins qui ont souhaité garder l'anonymat. Le ministre lui a tendu la main et c'est alors que l'homme l'a empoigné avant d'être maîtrisé par les hommes de la sécurité du ministre.

Plus tôt jeudi, M. Darmanin a déclaré lors d'un point presse que l'instauration du couvre-feu s'inscrivait dans la lutte contre "une délinquance qui (...) est de plus en plus jeune et de plus en plus armée".

"On ne peut pas laisser circuler des enfants de 12, 13, 14 ans, avec des armes, circuler à 22 heures dans la rue, s’en prendre à des policiers, s’en prendre à des touristes, s’en prendre à des passants", a-t-il ajouté.

Du "concret", s'est félicité le maire de Pointe-à-Pitre, Harry Durimel (EELV), qui avait qualifié la ville de "coupe-gorge" en "faillite totale" fin mars.

"Avant c'était 12% de mineurs dans la commission des délits et maintenant c'est 38%", a-t-il détaillé.

"Si les enfants sont chez leurs parents la nuit, ils ne vont pas brûler 70 poubelles comme ils l’ont fait à Pointe-à-Pitre la semaine dernière", a estimé l'édile, élu depuis 2020.

Le 24 mars, dans un contexte de violences urbaines et d'une série d'actes de violence armés, parfois mortels, il avait menacé de démissionner.

"J'ai le sentiment que le cri que j’ai poussé il y a quelques semaines a été entendu", a-t-il déclaré à l’AFP, évoquant la possibilité de "faire de Pointe-à-Pitre, un petit territoire de 2,6 km2, un laboratoire de sécurité républicaine".

Le couvre-feu annoncé est au contraire un "cache-misère" qui n'est "en rien une réponse à l'insécurité", a estimé jeudi la Fédération des socialistes de Guadeloupe, dans un communiqué.

- "Opérations place nette" -

Dans les rues de la ville, l'annonce est plutôt bien accueillie. "Ca évite que les jeunes traînent dans la rue (...) vu que les mineurs ne savent pas se contrôler, je pense que c’est une bonne décision", affirme à l'AFP Alexandre Peterly, étudiant de 22 ans.

"Ce n'est pas une mauvaise chose mais ce n'est pas la seule solution non plus. Il faut que les parents s'y mettent", estime Nadine, une soignante de 50 ans.

Une série de mesures pour renforcer la lutte contre la délinquance doit accompagner le couvre-feu.

M. Darmanin a annoncé des "opérations place nette de lutte contre la drogue, contre des points de deal et la circulation des armes, qui est sans doute le problème principal que connaît la Guadeloupe aujourd’hui".

Un quartier de Pointe-à-Pitre, le 13 avril 2024 en Guadeloupe

Un quartier de Pointe-à-Pitre, le 13 avril 2024 en Guadeloupe

Cedrick-Isham CALVADOS - AFP

Des opérations "place nette" ont débuté lundi en Guadeloupe et d'autres sont prévues "pour le mois à venir", a précisé à l'AFP son entourage.

Celle menée mercredi soir a permis "au moins cinq interpellations" et la découverte d'une cache "avec une arme et des stupéfiants", a indiqué à l'AFP Caroline Calbo, procureure de la République à Pointe-à-Pitre.

Un "nouveau contrat de sécurité en Guadeloupe" sera aussi mis en place, à l'image de ce qui a été fait en Martinique et "qui marche bien, a fait baisser la délinquance", selon Gérald Darmanin.

Le ministre a également évoqué "une coopération internationale" avec les îles voisines de Sainte-Lucie et de la Dominique "contre l'immigration irrégulière, la circulation des armes, le trafic de drogue".

Il a en outre annoncé un renforcement des "caméras de vidéo-protection", connectées "aux centres de supervision de la police", et des renforts en matière de police judiciaire.

Selon la préfecture, l'archipel compte "six fois plus d'homicides, neuf fois plus de tentatives d'homicide - dont la moitié par armes à feu - et 20 fois plus de vols à main armée que la moyenne nationale".

Ces derniers mois, Pointe-à-Pitre - 14.500 habitants en 2020 - a nourri la chronique des faits divers.

En mars, une commerçante y a été tuée lors d'un braquage et des touristes en croisière blessés à l'arme blanche par une femme atteinte de troubles psychiatriques.

 

Par Cécile REMUSAT / Pointe-à-Pitre (AFP) / © 2024 AFP

L'info en continu
10H
09H
08H
07H
06H
04H
02H
23H
21H
Revenir
au direct

À Suivre
/