Pierre Jourde : "Le paysan d'aujourd'hui est un homme seul"

Pierre Jourde écrivain
Pierre Jourde, invité d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états" sur Sud Radio.

Pierre Jourde, écrivain romancier et auteur du livre "Le voyage du canapé-lit" (Gallimard), était l’invité d’André Bercoff, lundi 6 mai, sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-13h, "Bercoff dans tous ses états".

Rendre hommage à "ceux qui ont fait la littérature, sauvé la France"

Pierre Jourde, auteur du "Voyage du canapé-lit" raconte comment lui est venue l'idée de départ : "C'est une histoire comique, mais l'origine ne l'est pas du tout. Ma mère est morte, après avoir toute sa vie souffert de l'abandon et du désamour de ses parents. Et elle est morte, réconciliée avec ça". Dans son testament, sa mère avait demandé à ce qu'elle ne soit pas enterrée avec elle. Mais l'auteur raconte l'avoir enterrée avec sa mère : "ça a un peu été le départ de cette idée de livre. Au décès de sa mère, ma mère, par un geste de récupération amoureuse, a dit qu'il fallait garder quelque chose de la grand-mère : 'Il faut garder le canapé-lit !' C'est aussi un geste auvergnat : 'Faut pas laisser perdre". Et donc Pierre Jourde, accompagné de son frère et sa belle-soeur, a rendu ce service à sa mère : "Nous avons transporté à trois un vieux canapé-lit d’aucune valeur jusqu'en Auvergne pour le souvenir de ma grand-mère".

Pourtant, selon l'écrivain, "le canapé était vieux et moche" et ce périple leur a coûté cher. "J'ai voulu raconter ce transport qui est un transport psychanalytique, tout d'abord parce que c'est un canapé". Et la route n'a pas été de tout repos ! Il évoque alors une France abandonnée "celle de Montargis, Nevers, Cosne-sur-Loire, Moulin". Et une fois arrivés, le "monstre" comme il le nomme a tout défoncé sur son passage et lui-même a été cassé, raconte l'auteur. Il a alors demandé à sa mère ce qu'il fallait faire. Réponse sans équivoque : "Fous-moi ça à la poubelle ! C'était l'accomplissement du deuil". Dans ce livre, l'auteur cite aussi des poèmes. Il explique que la traversée de cette France périphérique lui a permis de retrouver des auteurs et généraux oubliés, et de leur rendre hommage à "ceux qui ont fait la littérature, sauvé la France".

"Pour aller quelque part, on n'entre plus nulle part, on contourne"

"Avant, on traversait les villes de la France périphérique, un peu noires, qui ne donnaient pas envie, des villes très fermées et sombres, aujourd'hui, la question ne se pose plus, on les contourne. Le voyage contourne ces villes. Pour aller quelque part, on n'entre plus nulle part". Pierre Jourde raconte que l'exploitation familiale, qui existe depuis Louis XIV, ne perdurera pas avec ses seuls 25 vaches. "Aujourd'hui pour survivre, on doit posséder des centaines d'hectares et au moins 200 bêtes. On change complètement de dimension, on change de pratique".  

Au cours des pages, l'auteur dresse des portraits de personnes croisées. Suite à ces rencontres, l'auteur pense-t-il qu'une certaine pratique du vivre-ensemble est-elle en train de disparaître ? Il s'attarde, notamment sur les agriculteurs d'aujourd'hui : "Le paysan d'aujourd'hui est un homme seul. Nous avons connu dans la région des problèmes de mariages : les agriculteurs étaient seuls toute leur vie. J'ai connu les travaux collectifs. Les agriculteurs sont de plus en plus isolés : avant, ils se retrouvaient famille et amis pour faire les foins : c'était une fête collective. Aujourd'hui, c’est chacun dans sa cabine de tracteur".

 

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