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Liya Petrova et sa rencontre inédite avec un violon tricentenaire

Elle parle de son nouvel instrument comme d'une personne: Liya Petrova, l'une des violonistes les plus virtuoses de sa génération, a trouvé en lui "une voix, une âme" qui lui offre, à l'image de sa musique, "puissance" et "sensibilité".

JOEL SAGET - AFP

Elle parle de son nouvel instrument comme d'une personne: Liya Petrova, l'une des violonistes les plus virtuoses de sa génération, a trouvé en lui "une voix, une âme" qui lui offre, à l'image de sa musique, "puissance" et "sensibilité".

C'est une première pour elle: mercredi, à l'ouverture du festival La Musikfest Parisienne, la musicienne bulgare va jouer un "Caprice" de Pietro Rovelli (1793-1838), sur l'instrument même de celui qui fut le dernier professionnel à avoir joué et composé avec, et qui porte son nom.

Ce "Guarneri del Gesù", fabriqué à Crémone en Italie en 1742, ne la quitte plus depuis à peine quatre mois.

Il a été acquis par un couple de mécènes qui, passionnés de musique classique, le prêtent à la jeune femme de 33 ans.

"Guarneri del Gesù était un des plus grands luthiers du monde, il est un tout petit peu moins connu que Stradivarius (Antonio Giacomo Stradivari, ndlr), non pas sur le plan de la qualité mais parce qu'il a fabriqué 150 à 160 violons, contre un millier pour Stradivarius", raconte Liya Petrova à l'AFP.

A la mort de Pietro Rovelli, son rival Niccolo Paganini (1782-1840) - ils étaient tous deux connus pour leurs joutes au violon - a voulu acheter l'instrument, en vain. Le violon reste dans la famille Rovelli-Piatti. A la fin du siècle, il est vendu à un ambassadeur français à Rome, avant de passer dans une famille française, jusqu'à son acquisition par le couple de mécènes et l'essai "coup de foudre" de Liya à l'automne dernier.

La violoniste bulgare Liya Petrova à Paris, le 6 mars 2024

La violoniste bulgare Liya Petrova à Paris, le 6 mars 2024

JOEL SAGET - AFP/Archives

"Il n'a pas vu la scène depuis 200 ans, ce qui est vraiment exceptionnel", confie-t-elle. Les +del Gesù+, actuellement, sont soit dans des musées, soit sur scène", et dans ce dernier cas, "c'est vraiment rare de les découvrir".

Sans parler des qualités de ce "Rovelli" un tout petit peu plus petit ("quelques millimètres") que la normale: un son "chaleureux", avec "des graves extrêmement intenses", "des aigus très brillants" et "dorés", "des médiums généreux".

- "plus jeune artiste" -

Il "a beaucoup de caractère", et, surtout, "amplifie tout ce qu'on lui donne": il peut être "très intense", en "puissance" et en même temps dégager des "couleurs très tendres et sensibles", décrit-elle, manipulant précautionneusement l'instrument de bois foncé.

La violoniste bulgare Liya Petrova à Paris, le 6 mars 2024

La violoniste bulgare Liya Petrova à Paris, le 6 mars 2024

JOEL SAGET - AFP

"J'ai l'impression d'avoir trouvé ma voix, mon âme, c'est mon partenaire", assure l'artiste aux cheveux longs bruns, yeux foncés.

Pourtant, des violons, elle en a vu passer ! Née en 1990 en Bulgarie, fille de professeure de piano, Liya Petrova a commencé à apprendre avec son oncle à l'âge de quatre ans. A cinq ans, elle joue son premier concert avec orchestre. A huit ans, elle est élue "plus jeune artiste de l'Unesco".

Elle suit sa scolarité entre la Bulgarie et l'Allemagne (Hambourg, Rostock), se forme à Berlin ou à Lausanne auprès du violoniste français Renaud Capuçon, remporte notamment, en 2016, le prestigieux concours international Carl Nielsen au Danemark.

La liste des ensembles avec lesquels elle collabore est longue, allant de l’Orchestre de Paris, au Royal Philharmonic Orchestra de Londres ou encore à l’Orchestre Philharmonique de Kansai à Osaka.

La violoniste, qui "adore Paris" et vit en France depuis six ans, prépare son cinquième disque. Elle qui admire Beethoven mais s'intéresse à tous les répertoires, est aussi très sollicitée pour de la musique de chambre et joue régulièrement avec les pianistes Alexandre Kantorow, Adam Laloum, le violoncelliste Aurélien Pascal, etc.

C'est avec ces derniers qu'elle a lancé au printemps 2020, en pleine crise sanitaire, l'idée d'un festival de musique classique alors 100% numérique - la Musikfest Parisienne - devenu rendez-vous annuel.

Soucieuse d'attirer les jeunes générations dans l'auditoire, elle a décidé de rendre gratuits les concerts pour les étudiants et les moins de 18 ans.

Par Karine PERRET / Paris (AFP) / © 2024 AFP

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