L'inquiétude reste de mise à Rouen, malgré les discours officiels rassurants

Alors que les agriculteurs aux productions condamnées se demandent quand ils vont voir la couleur des indemnisations promises, beaucoup d'habitants ont des doutes, face au discours rassurant des autorités. Des enseignants refusent de regagner leur établissement, faisant valoir leur droit de retrait.

Des ballots de paille couverts de résidus noirs à Saint Martin-du-Vivier près de Rouen. (LOU BENOIST / AFP)

Inquiétude et colère chez les agriculteurs: la préfecture de Seine-Maritime interdit depuis ce weekend la commercialisation du lait de vache, des fruits et des légumes, des œufs de poules élevées en plein air ou encore des poissons d’élevage.

 

Des exploitations en grande difficulté

Forcément, le manque à gagner est énorme pour les exploitants. Hier sur place, le ministre de l'agriculture Didier Guillaume leur a promis une indemnisation totale. Mais les agriculteurs ne sont pas rassurés. Comme l'un d'entre eux à La Ferté-Saint-Samson, à 40 kilomètres à vol d'oiseau de l'usine.

Reportage Sud Radio de Michel Barone

 

Bruno confie son désarroi: il a des factures à payer, et l'annonce du ministère de l'agriculture le stupéfie: "Il n'a pas donné de date... C'est dommage, moi j'aurais bien aimé en avoir une. Parce-que si c'est dans un an dans la trésorerie, qui va payer les factures? C'est pas sérieux...ça, c'est devant les médias, mais nous aujourd'hui on veut du concret !" Sa banque lui demande sans cesse des comptes, raconte t'il: "ils m'appellent de temps en temps pour me rappeler que j'ai des échéances à payer, c'est pour ça qu'il me faut des fonds rapidement. C'est pas dans un an. Qu'il nous donne une date, absolument !"

Il estime ses pertes à 6000 euros, mais c'est surtout le gâchis du lait qui le dévaste:

"On est obligés de jeter notre lait dans le caniveau ou dans les fosses. 16.000 litres depuis ce weekend... ça fait mal au ventre !"

Il attend avec impatience des précisions du ministère de l'agriculture, pour pouvoir maintenir la pérennité de sa ferme.

 

Des habitants sceptiques face aux nouvelles rassurantes

"On veut la vérité !" Près de 500 manifestants ont tenté hier d'entrer dans la salle du conseil métropolitain de Rouen, en présence du préfet. Des réservoirs d'eau ont tous été vérifiés: pas de contamination des réserves d'eau potable, assurent les autorités, en réponse à une vidéo sur Twitter, qui montre de l'eau noire sortir d'un robinet présenté comme étant situé à Rouen.

 

Droit de retrait pour certains enseignants

Inquiétude aussi dans les établissements scolaires: ils ont rouvert lundi, mais les enseignants de trois collèges font valoir leur droit de retrait, pour "danger grave et imminent". Ils se disent "incommodés, et inquiets des odeurs persistantes..et des vomissements".

 

Claire-Marie Féret, du syndicat Snes-Fsu, se demande même si on ne cache pas quelque-chose à la population, pour la rassurer à tout prix:

"On a l'impression qu'on essaye de minimiser les symptômes ressentis. On nous répond, au rectorat par exemple, que les symptômes sont parfois dus à l'émotion, alors qu'il y a une vraie gène dans les rues de Rouen. En tout cas on se demande si on nous cache pas des choses. Sans doute la préfecture, qui est aux commandes de tout ça. On a l'impression que les discours sont trop rassurants pour être vrais. On nous parle d'un état habituel, or on mesure bien, depuis quelques jours qu'on n'est pas dans des circonstances habituelles" - Claire-Marie Féret, jointe par Michel Barone