Les hommes n’osent-ils plus draguer ?

Pascal Neveu, psychanalyste, était interrogé ce matin sur les relations hommes-femmes et notamment la drague, un sujet qui en cette période estivale est « un peu plus compliqué », fait-il savoir...

Thumbnail

Suite à la retentissante affaire Weinstein - du nom du producteur hollywoodien déchu après avoir été accusé de harcèlement sexuel par plusieurs dizaines d’actrices - et à l’heure des hashtag #MeToo et #DénonceTonPorc, avec lesquels les femmes nomment publiquement sur les réseaux sociaux leurs harceleurs présumés, les hommes seraient plus réticents à draguer.

« Le problème est qu’avec les affaires Weinstein et “dénonce ton porc”, les hommes n’osent plus rien faire et avec la nouvelle loi également, ils sont très inquiets par rapport à une attaque possible. Pour en avoir discuté avec bon nombre de procureurs, il y a de plus en plus de procès qui sont parfois très injustes », explique Pascal Neveu. De peur d’être accusés à tort de harcèlement sexuel, les hommes seraient donc nettement moins enclins à la drague, d’autant plus que dès l’automne, le harcèlement de rue devrait être reconnu comme un délit dans le cadre de la loi contre les violences sexistes et sexuelles, portée par Marlène Schiappa.

« Les lourds-dingues, elles ne les supportent plus »

Concernant la drague féminine, « il y a différentes techniques », souligne le psychanalyste qui explique avoir des patientes qui « draguent chez Picard ou dans les rayons surgelés ». « Elles ont trouvé une technique géniale, qui est de repérer le panier du célibataire », puis de s’approcher de ce dernier pour lui demander son avis sur tel ou tel produit, explique Pascal Neveu. Une approche qui peut conduire à l’échange d’un numéro de téléphone à la caisse…

Étant moins draguées, les femmes seraient donc contraintes de se montrer plus entreprenantes que les hommes, comme le constate le psychanalyste avec ses patientes. « Les lourds-dingues, elles ne les supportent plus, et maintenant elles se disent que ceux qui sont intéressants n’osent peut-être pas y aller également pour différentes raisons », détaille Pascal Neveu.

L’homme doit-il alors faire obligatoirement le premier pas ?

Le premier signal doit venir des deux, estime Pascal Neveu, pour qui tout passe par la communication non verbale et par le regard. Ensuite, se dire qu’il n’y a pas d’enjeux lorsque l’on tente quelque chose auprès de quelqu’un est primordial dans une démarche de séduction, souligne le psychanalyste, tout en ajoutant qu’il n’y a pas de techniques de drague à proprement parler.

Les applications de rencontre sont-elles une bonne solution ?

« J’observe au niveau de mes consultations, chez les hommes et chez les femmes, qu’ils sont de plus en plus déçus par rapport à ces applications », témoigne Pascal Neveu. Les applications telles que "Tinder" pour les hétéros, "Grindr" pour la communauté LGBT, ou encore "Adopte un Mec", poseraient problème en ce qu’elles maintiennent leurs utilisateurs dans une longue illusion, « un fantasme de qui est l’autre », au lieu de se rencontrer rapidement.

« Il n’y a pas d’engagement lorsque l’on drague quelqu’un », souligne Pascal Neveu à l’attention des hommes qui n’osent plus draguer, avant de conclure : « Il faut y aller, bien évidemment ! Et les femmes également, allez-y, parce que les hommes n’osent pas. »