Les conducteurs de bus tirent la sonnette d'alarme - "On part le matin et on ne sait pas si on va rentrer le soir !"

La mort de Philippe, au-delà de la vive émotion suscitée à Bayonne, alerte sur les conditions de travail des conducteurs de bus. Souvent contraints de se taire pour ne froisser ni les bandes intimidantes ni les impulsifs, ils évoquent leur peur au quotidien et les différentes situations auxquelles ils doivent faire face, seuls.

Les chauffeurs de bus de Bayonne sont unanimes : ils ne reprendront pas avant les obsèques de leur collègue assassiné. Et peut-être pas tant qu'aucune mesure forte ne sera prononcée par Jean-Baptiste Djebbari, ministre délégué aux Transports. (Photo GAIZKA IROZ / AFP)

Un reportage de Cyprien Pézeril pour Sud Radio.

 

À Niort, Poitiers, Périgueux, Brive, Paris, Saint-Etienne, les conducteurs de bus respectaient, à 19h30, une minute de silence pour Philippe Monguillot. Après avoir voulu contrôler le ticket d'un des protagonistes et lui avoir demandé de porter un masque, ce chauffeur de bus fut lâchement roué de coups. À tel point qu'il fut immédiatement transporté aux urgences bayonnaises en état de mort cérébrale.  Depuis, l'émotion est vive dans de nombreuses villes du pays, et plus particulièrement parmi la corporation des chauffeurs de bus. Cette minute d'hommage, chaque jour, fait suite à l'appel de l'intersyndicale. En plus d'une marche blanche organisée hier soir à Bayonne et qui a réuni 6000 personnes.

C'est toute une profession endeuillée et qui crie désormais son ras le bol.

Il est 19h30 quand Lucien conducteur de bus depuis 20 ans coupe le contact pour une minute d'hommage. Les nerfs à vif et la peur pour soi-même.

"On se sent tous concernés, on est dans la même situation, ça peut nous arriver à tous. c'est le minimum qu'on puisse faire. On part le matin et on ne sait pas si on va rentrer le soir ! Et c'est de plus en plus fréquent. Les insultes, les regards, ce sont des gens qui ne veulent pas respecter, pas payer, qui veulent monter à l'arrière... Puis maintenant, c'est les masques, surtout avec les jeunes. Quand vous travaillez le soir, ils sont huit-dix à monter dans le bus. Vous êtes tout seul, vous faites quoi ?"

Malgré les dispositifs de sécurité, les trajets de nuit ont tout du calvaire

Il y a bien les vitres que les chauffeurs peuvent monter pour s'isoler et le bouton d'alerte qui permet de déclencher les caméras de surveillances puis d'appeler la sécurité. Des outils indispensables mais pas suffisants, nous raconte Faiza qui prend le volant la nuit.

"Les gens qui sont un peu alcoolisés, qui ne savent pas se tenir, on leur dit gentiment de reculer un petit peu... ce sont aussi les voyageurs qui nous tripotent les mains. La plupart du temps, on essaie de gérer nous-même mais si ça se dégrade, on est obligés de faire appel."

Le problème paraît insurmontable : quelles solutions face à cette situation ? Certains chauffeurs avouent - hors micro - être sous anxiolytique. D'autres militent pour toujours plus d’éducation à la citoyenneté.