Les 80 km/h fêtent leurs deux ans : l'heure du bilan contrasté

Le 1er juillet 2018, Emmanuel Macron annonçait la limitation à 80 km/h plutôt qu'aux 90 km/h habituels sur de nombreux tronçons de départementales. S'ensuivirent les Gilets jaunes et une grogne en campagne, là où il n'y a ni transports en commun ni proximité systématique avec le lieu de travail. La semaine passée, la Convention citoyenne pour le climat votait en majorité pour une réduction de la vitesse à 110 km/h sur les autroutes. De quoi ajouter du sel aux plaies, alors le président de la République écoutera les arguments de chaque partie quant au bilan des 80 km/h. Dans un premier temps.

La destruction des radars empêche toute donnée statistique notable mais le nombre de morts sur la route a baissé depuis. Corrélation ? (Photo de Jean-Philippe Ksiazek / AFP)

Un reportage de Clément Bargain pour Sud Radio.

 

Emmanuel Macron renonce à la limitation à 110 km/h, proposition polémique phosphorée par la Convention citoyenne pour le climat. Pour autant, l'heure est au bilan des 80 km/h expérimentés depuis deux ans jour pour jour. Et signe que la réduction de vitesse sur les voies rapides ne fait pas l'unanimité, loin de là, les automobilistes appellent au retour au 90 km/h et déplorent des mesures inefficaces

Bernard Darniche, ancien pilote de rallye, souligne des décisions prises depuis Paris par des politiciens hors-sol.

"Ce sont des décisions qui sont prises par des gens qui ne savent pas ce que c'est qu'une voiture ou de rouler en province. S'il n'y a pas une hiérarchie dans la vitesse entre certains types de véhicules, on engendre de l'incompréhension et de l'insécurité !", peste l'ancien champion automobile.

 

Une "baisse du nombre de blessés" ?

Difficile de tirer un bilan exact et chiffré sur l'expérimentation des 80 km/h, notamment en raison de la destruction de nombreux radars. Mais pour l'avocate spécialiste de la défense des victimes de la route, Jehanne Collard, cette mesure a tout de même porté ses fruits.

"Si on regarde les chiffres de la Sécurité routière, ça a contribué à faire baisser le nombre de blessés graves en France. On ne peut qu'applaudir des deux mains toute mesure qui sauve des vies. C'est une véritable avancée", explique l'avocate.

 

Quand les élus jouent les troubles-fêtes

Pour autant, certains élus s'opposent fermement aux 80 km/h et à la réduction de vitesse en général, à l'image de Jean-Marie Bernard, président du Conseil départemental des Hautes-Alpes, qui vient de rétablir les 90 km/h sur une ^partie du réseau.

"On n'a pas le choix, on n'a pas d'alternative : l'ensemble de la population travaille parfois à 20, 30 kilomètres, il n'y a pas de train, rien du tout. On est obligés d'utiliser la voiture ! Quelqu'un disait qu'il fallait arrêter d'emmerder les Français, je partage cette idée."

L'élu des Hautes-Alpes poursuit : "les conditions de circulation ne se sont pas améliorées. Ce qu'on a constaté, notamment sur des itinéraires très fréquentés, sur des grandes routes bien aménagées en termes d'infrastructure, c'est que la peur du radar et du gendarme amenait les gens à rouler plutôt à 70 km/h qu'à 80 km/h. En ce moment, il y a une pagaille sur les grands axes. On a aussi constaté que des poids lourds se mettaient à doubler des voitures de tous les jours. De notre point de vue, on a amené plus de désordre qu'on a amélioré la sécurité routière."

 

 

Face à la grogne ambiante, le président de la République ne retiendra finalement pas la mesure voulue par la Convention citoyenne pour le climat : celle d'instaurer les 110 km/h sur les autoroutes.