Le regard libre d'Elisabeth Lévy - Un mémorial pour les victimes de la Covid : Macron et le sacre de la victime

Emmanuel Macron réfléchit à mettre en place un mémorial pour les victimes du Covid. Une blague du Gorafi ? Non, il s'agit bien d'une véritable information. Cette sacralisation de la victime chez le chef de l'État ne connaît pas de limites. Outre le fait que l'on doit un respect individuel aux morts, qu'ont fait ces victimes pour la France ? Et pourquoi celles-ci ? Si l'on pousse l'absurdité de la proposition, autant réclamer un mémorial pour les personnes qui ne sont victimes de rien car elles pourraient se sentir discriminées !

Tous les matins à 8h15, le regard libre d'Elisabeth Lévy dans le Grand Matin Sud Radio.

 

A l’Elysée, on songe à créer un mémorial pour les victimes de la Covid. 

J’ai cru à une blague du Gorafi. Mais non. Selon le Parisien, à l’Elysée on discute cette suggestion du Conseil scientifique. 

Normalement, on attend la fin des guerres pour commémorer. Mais Macron est, comme le dit Yves Mamou sur Causeur, un maniaque de la mémoire. Un jour la Shoah la lendemain la colonisation. Alors que, nous dit-il, le combat continue, il pense déjà à son grand discours mémoriel. 

Sur le fond, pourquoi est-ce choquant ? 

D'abord, ça pousse jusqu’à l’absurde le sacre de la victime. Au-delà du respect individuel dû aux morts, qu’est-ce que les victimes d’une épidémie ont fait pour la France ? Pourquoi celles-là et pas les 500.000 morts annuels de la malaria ? Et quid des victimes des accidents de la route ou de l’alcoolisme ?  

Je serais tentée de réclamer un mémorial pour ceux qui, n’étant victimes de rien, pourraient se sentir discriminés. 

On rend bien hommage aux victimes de la Shoah, de l’esclavage du terrorisme. 

Oui précisément : victimes d’entreprises humaines. Le coronavirus n’a pas de conscience et pas de partisans. Honorer les victimes de génocides, c’est proclamer notre aversion pour les idéologies qui les ont rendus possible. C’est affirmer nos préférences morales. 

Or, là où on passe du ridicule à l’indécent. Il s’agit toujours de plaquer sur les événements une grille de lecture unique : la lutte contre le nazisme. « L'esprit de résistance, c'est un fil rouge de sa politique mémorielle qui prend une saveur particulière en ce moment », dit un conseiller dans le Parisien. Dans la même logique : un article de Slate explique toute honte bue qu’avec l’épidémie les survivants de la Shoah revivent leur passé. Et sur les réseaux sociaux on assiste à un accès d’imbécillité numérique sur le thème : ce n'est pas un mémorial qu’il nous faut mais un Nuremberg. Je vous laisse deviner qui jouerait le rôle des nazis.  

Finalement, quel est l’intérêt de cette idée. 

Les peuples, comme les femmes, sont inconstants et injustes. Après avoir clamé en boucle le gouvernement n’en fait pas assez, nous pourrions l’accuser d’en avoir trop fait. Pour justifier a posteriori l’assignation à résidence de la population nos dirigeants et leurs conseillers doivent nous convaincre que nous vivons une catastrophe d’une ampleur inégalée. Ce qui est actuellement faux. La mortalité en mars 2020 est inférieure à celle de mars 2018. 

Reste à imaginer la devise que l’on inscrira sur ce monument aux morts. Je vous livre l’idée malicieuse de François Sureau : "Que personne ne bronche !"