Le regard libre d'Elisabeth Lévy - Salauds de bobos ?

Beaucoup déplorent l'afflux soudain de Parisiens à l'île de Ré, d'autres critiquent ardemment Leïla Slimani pour son "journal de confinement", mais dans quel but ? La moitié de la France qui travaille à soigner, nourrir et contrôler la population se portera-t-elle mieux si l’autre moitié pète les plombs ? 

Le regard libre d'Elisabeth Lévy

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Il semblerait que certains Français confondent "confinement" et "vacances". 

"Les Français se croient en vacances". Toute la journée, on a vu ce titre, désapprobateur, tourner sur les chaînes info, tandis que des journalistes dénonçaient les comportements anti-sociaux des joggers et autres cyclistes croisés à Paris ou Marseille. 

C’est aussi en rappelant que confinement ne signifie pas vacances que les préfets ont interdit l’accès aux plages, sur une grande partie du territoire. Le président de la République s’inquiète : "trop de Français n’ont pas compris le message". Peut-être ce message n’était-il pas clair par ailleurs, mais passons. Tout le monde semble dire qu’il va falloir serrer la vis, et que ce sera bien fait pour nous.   

 

Si on en arrive là, c’est bien parce que beaucoup de gens ne respectent pas les règles. 

De plus, comme l’observait Christophe Bordet hier dans "les Vraies Voix Sud Radio", si des centaines de gens vont se promener seuls, ils ne le restent pas longtemps, ce qui signifie qu’on peut être en infraction sans avoir voulu braver les règles.

Il faut aussi entendre cette infirmière des Deux Sèvres, rappelant, ulcérée et triste, que nombre de soignants ont perdu la santé ou la vie. 

Vous voyez bien que les Français n’ont pas pris conscience de la gravité de la situation ?

Ça c’est le message explicite, rationnel de beaucoup et vous avez raison. C’est grave. 

Mais derrière, se trouve un autre message, plus subliminal. "Il faut que vous en baviez, sinon, ça ressemblera trop à des vacances". Et alors ? Si on peut respecter la distance sociale sans être claquemuré où est le problème ? La moitié de la France qui travaille à soigner, nourrir et contrôler la population se portera-t-elle mieux si l’autre moitié pète les plombs ? 

Beaucoup de nos concitoyens ont la chance d’entendre couler des rivières, de voir la mer ou de pouvoir se promener dans les champs ou dans les chemins de montagne sans autre compagnie que celle de leurs co-confinés, à savoir sans mettre personne en danger. Ce n’est pas moi qui irai les dénoncer. 

En attendant, il est plus difficile d’être confiné dans un studio. 

Certes, mais l’amour de l’égalité est presque toujours alibi de l’envie et du ressentiment. Confer les torrents de haine froide sur Leila Slimani qui raconte dans Le Monde son confinement dans une maison de campagne. Tous évoquent alors le privilège de classe, l'indécence, les états d’âmes de bourgeoise, toute l’aigreur du monde lui est tombée dessus. 

Les enfants de Leïla Slimani aiment ce virus. « C’est grâce à lui qu’on est en vacances. » A tous ceux, enfants et adultes, qui ont la chance de pouvoir donner un air de vacances à ce confinement, bonnes vacances !