Le regard libre d'Élisabeth Lévy : pour notre bien, avançons masqués

Il faut avancer masqué. C'est ce que nous dit Élisabeth Borne. Étrange période où l'on se retrouve dans l'obligation de porter des masques au moment où l'épidémie semble s'effacer. Et personne ne s'insurge. Au contraire, cela se transforme en une traque aux mauvais comportements. Mais c'est pour notre bien ! Cela révèle une chose : cette soumission à l'autorité sanitaire met en place une sorte de peur généralisée, quitte à mettre la question des libertés fondamentales sous le tapis.

Tous les matins à 8h15, le regard libre d'Elisabeth Lévy dans le Grand Matin Sud Radio.

 

Elisabeth Borne veut maintenir l’obligation du masque dans les transports "tant qu'on n'aura pas un traitement ou un vaccin". 

Autant dire jusqu’à la saint glinglin. En somme, on n’avait pas de masques quand ils étaient nécessaires et maintenant que l’épidémie est en voie d’extinction, nous voilà obligés d’en porter. 

On ne sait pas si c’est la fin ou simplement une pause

On ne sait pas non plus s’il pleuvra demain et vous n’avez pas de parapluie. On ne sait pas le jour et l’heure de notre mort et on continue à vivre. Mais pouvons-nous et voulons-nous vivre avec comme seule boussole, comme seule ambition et comme seule obsession celles de nous prémunir contre les dangers futurs ? 

Vous pouvez prendre des risques pour vous, pas pour les autres. 

Donc, on doit s’aligner sur le plus angoissé d’entre nous, quitte à donner à toute la vie l’odeur et le goût de la peur. Dans le métro l’ambiance hésite entre Matrix et Dogville. Des zombies masqués marchant chacun dans son couloir, un marquage au sol obsédant, des stickers sur la moitié des sièges. Pas un bruit humain, pas même une engueulade, sauf quand un malheureux oublie de se coller son certificat de bonne conduite sanitaire sur la figure. En effet, comme le dit le philosophe-mécanicien Mathew Crawford dans Le Figaro, le précautionnisme, cette volonté folle d’éliminer tout risque de la vie, est un moyen d’intimidation morale. Le masque c’est le civisme (cf les milliers d’exemplaires usagés jetés à la mer). Résister à son port obligatoire, c’est faire preuve d’une criminelle désinvolture, faire passer son petit confort et ses petits plaisirs avant le salut commun. 

Et c’est faux ? 

D’abord, ce sont toujours le confort et le plaisir des autres qui sont petits. Les siens, c’est un droit. Ensuite, c'est question de civilisation. Le masque entrave ou interdit les plus humaines des activités humaines, du café sur le zinc à la conversation, du baiser à la contestation. Enfin, notre docilité est stupéfiante. Interdiction, attestation, contravention, tarif unique 135 euros : pour notre santé, nous acceptons n’importe quoi. Pire, nous en redemandons. Le pli est pris. On dira demain que ceux qui refusent de laisser l’Etat tracer leurs contacts sont de mauvais citoyens. S’il y a une raison d’avoir peur, c’est cette indifférence collective à la liberté.