Le regard libre d'Élisabeth Lévy - "Antisioniste toi-même !"

Retrouvez "Le regard libre d'Élisabeth Lévy" du lundi au vendredi à 8h10 sur sudradio.fr Parlons de la loi assimilant antisionisme et antisémitisme... D'ailleurs, soyons clairs, on ne parle pas d'une loi, d'une résolution, mais d'un texte non contraignant. "De l’encre et du temps parlementaire gaspillés" selon l’essayiste Barbara Lefebvre.  Le texte a donc été présenté […]

Le regard libre d'Élisabeth Lévy

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Parlons de la loi assimilant antisionisme et antisémitisme...

D'ailleurs, soyons clairs, on ne parle pas d'une loi, d'une résolution, mais d'un texte non contraignant. "De l’encre et du temps parlementaire gaspillés" selon l’essayiste Barbara Lefebvre.  Le texte a donc été présenté par le député LREM Sylvain Maillard. Finalement, ce texte a été adopté par un hémicycle clairsemé par 154 voix contre 72 dont celles de La France Insoumise et du Parti Communiste notamment. En réalité, il a été contesté au sein même de la majorité. 

L'objectif est donc d'enrayer la progression des actes antijuifs qui ont connu une recrudescence de 74 % en 2018. Depuis 2006, 11 Français ont été tués parce qu’ils étaient juifs. 

La résolution n’emploie pas le mot "antisionisme" mais parle de la haine à l’égard de l’État d’Israël. Cette haine d'Israël qui serait en substance l’une des formes contemporaines de l’antisémitisme.

 

L'antisionisme est-il une forme d'antisémitisme ? 

On découvre la lune. Depuis le début des années 2000, un nouvel antisémitisme sévit dans les territoires perdus. On a longtemps refusé de le voir et on a du mal à le désigner, car il est en partie liée à l’islam radical. Celui-ci est nourri, voire légitimé par les errements idéologiques d’une partie de l’extrême gauche, par les théories délirantes de Dieudonné et Soral. Et cet antisionisme rejoint la haine des riches. Beaucoup avancent souvent masqués derrière la détestation d’Israël. Souvenez-vous que des gilets jaunes parlaient de complot sioniste. 

Deux exemples :

  • François Pupponi a parlé hier d’Eva Sandler, dont le mari et les deux enfants ont été assassinés en 2012 par Mohamed Merah. À l’été 2014, elle est à Sarcelles et assiste à une manifestation honteuse aux slogans non moins douteux : "mort aux juifs, mort à Israël". Elle a quitté la France. 
  • En février, en marge d’une manif des gilets jaunes, un islamiste agresse Alain Finkielkraut : "Sale sioniste de merde, la France elle est à nous ". On conviendra qu’il ne s’agit pas d’une critique politique.

 

Cependant, on doit avoir le droit de critiquer Israël. 

Oui, et on ne s’en prive pas. C’est probablement l’État le plus critiqué du monde. Et le seul dont l’existence même soit contestée. Quand on compare Gaza à Auschwitz ou qu’on parle d’apartheid, non seulement on commet un crime contre la vérité, mais on installe dans les esprits faibles, la conviction que tous les juifs qui aiment Israël sont des assassins.

 

Donc ce texte est une excellente chose ?

Non, c’est une catastrophe. 

  • Inutile. La loi française permet de sanctionner la haine contre la Patagonie.
  • Contre-productif : il nourrit la compétition victimaire et le parallèle délétère juifs d’hier/musulmans d’aujourd’hui. Beaucoup de gens se disent : il n’y en a que pour les juifs. 
  • Encore une atteinte à la liberté d’expression. La censure remplace l’argumentation.  

Si on veut combattre l’antisémitisme, commençons par le regarder en face. Et pour ça, pas besoin de loi.