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Le monde associatif abandonné par l’État : pas d'aides pour le carburant, pas de maraudes ?

Par Elliott Léonard

GROS PLAN SUD RADIO - La hausse des prix du carburant continue et si 5,5 millions de Français pourront bénéficier des aides ciblées, ce n’est pas le cas pour le monde associatif. Restos du Cœur, Secours populaire et Emmaüs redoutent même de devoir fermer certaines structures. Explications.

Des personnes fouillent dans des vêtements de seconde main dans une boutique.
ROMAIN PERROCHEAU - AFP/Archives

Restos du Cœur, Secours populaire et Emmaüs… Toutes les associations sont exclues du dispositif d’aides ciblées mis en place par l’État hier pour amortir la flambée des prix du carburant. Pourtant, les maraudes et l’approvisionnement des centres en nourriture nécessitent notamment l’utilisation de véhicules dont des camions frigorifiques.

Restos du Coeur : « Il y a des personnes qui ont besoin de nous »

Les Restos du Cœur des Bouches-du-Rhône disposent d’une dizaine de véhicules pour livrer de grosses quantités de nourriture nécessaires pour des personnes dans le besoin, réparties dans 47 centres au sein du département. « On était partis sur un budget maximum de 40 000 euros par an. Là, on l’a largement dépassé puisqu’on est plutôt aux alentours de 72 000 euros », déclare Alain Evezard, le président des Restos du Cœur basé à Marseille. Il continue : « C’est difficile parce qu’il y a une chose sur laquelle on ne peut pas transiger. Il y a des personnes qui ont faim et des personnes qui ont besoin de nous. »

Emmaüs : « 60 000 euros supplémentaires par an affectés au carburant »

Bruno Morel, président d’Emmaüs, alerte également : « Si je prends un exemple, celui du relais Emmaüs de Gironde, c’est 50 000 à 60 000 euros supplémentaires par an affectés au carburant. » Il craint, au vu de la situation, « qu’on finisse par décourager les acteurs et entraver les dispositifs ».

Le monde associatif concerne « des millions d’acteurs et des millions de dispositifs » et, pour Bruno Morel, le secteur est « dans une situation extrêmement inquiétante ».

Un secteur délaissé même avant la flambée des prix du carburant

Alors même s’il salue « la prolongation des aides aux travailleurs modestes », c’est la colère qui domine chez Bruno Morel. « Notre pays compte 14 millions de pauvres, et on constate quoi ? Indépendamment du sujet du carburant, on voit des baisses de subventions de plus en plus fréquentes, des remises en cause des valeurs et des dispositifs », dit-il et ajoute : « que ce n’est pas en faisant des économies sur le dos des plus pauvres qu’on va trouver des solutions. »

« La ficelle va se casser »

Des maraudes limitées, des collectes et des livraisons pourraient être mises en place si la situation continue. Le président d’Emmaüs se questionne : « Les visites à domicile, si les associations n’ont pas le moyen de payer le carburant, comment font-elles ? » Et la solution est grave : « La ficelle va se casser, et il va y avoir une rupture très importante ».

Pour éviter cette rupture, il y a « une mesure concrète », celle de « considérer que la lutte contre la pauvreté devient une grande cause nationale et faire un stop sur toutes les mesures de restriction », signale Bruno Morel.

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