"Le fonctionnaire des forces de l'ordre a la violence légitime et Christophe Dittinger a la violence illégitime"

André Bercoff propose une émission spéciale autour du boxeur Gilet Jaune Christophe Dettinger. En compagnie de Didier Maïsto, il reçoit Antoine Peillon, journaliste à La Croix, auteur de Cœur de boxeur (Les liens qui libèrent), ainsi que Gwenaelle Antinori Le Joncour, la personne que Christophe Dettinger avait "défendue" face aux gendarmes. Troisième invité : Philippe de Veulle, fondateur du collectif "Robes noires et gilets jaunes", et avocat de la femme de Christophe Dettinger.

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Antoine Peillon, journaliste : "On est dans un régime permanent de propagande"

Antoine Peillon, journaliste à La Croix, auteur de Cœur de boxeur (Les liens qui libèrent) : "La question des fake news aussi appelées post-vérité est fondamentale. Concrètement, Christophe Dettinger a pu le vivre, la rumeur s'est propagée dès le 7 janvier alors qu'il était au commissariat, qu'il était venu avec des gants coqués ou lestés de plomb, évidemment pour blesser. Ce qui voulait dire qu'il y avait préméditation pour casser du gendarme, casser du CRS. La presse et même la radio publique a repris cette soi-disant information. Elle a circulé pendant trois ou quatre jours. Quand il s'est avéré que c'était totalement faux, vérifié, du fait de l'enquête judiciaire et de la perquisition, il n'y a eu aucun démenti. Il n'y a eu aucune rectification des médias qui avaient propagé cette fake news. On est dans un régime permanent de propagande. On a un gouvernement qui, par rapport à la violence, inverse la vérité et la réalité".

Il évoque ensuite Hannah Arendt qui parlait de "la vérité de faits". "Le journaliste doit être dans une vérité de faits pas dans la vérité d'idéologie. Nous en sommes très loin. Systématiquement, les membres du gouvernement lorsqu'ils font des tweets, puisqu'ils tweetent plus vite que leur ombre, propagent des fake news. Or, ce sont eux qui nous proposent de légiférer, d'encadrer finalement l'expression libre des citoyens sur les réseaux sociaux. Cela nous pose une question démocratique fondamentale". Il conclut sur ce sujet : "Quand on lit les philosophes, Orwell ou Arendt, pour ne citer qu'eux, il y a toujours articulation entre violence d'État et mensonge d'État. C'est la signature de tous les totalitarismes".

Des milliers de vies brisées chez les Gilets Jaunes

André Bercoff l'invite ensuite à évoquer le fait que l'on ait accordé le monopole de la violence de l'État. Pour Antoine Peillon : "Tout le problème est là : le fonctionnaire des forces de l'ordre a la violence légitime et Christophe Dettinger a la violence illégitime. Mais celui qui détient la violence légitime est injuste puisqu'il s'en prend à une femme qui est faible et qui est au sol. Alors que Christophe Dettinger qui est auteur des actes violents illégitimes, est juste dans le sens où il défend quelqu'un qui est agresséCela restera un acte dans le symbole, et un événement de résistance". Il précise qu'il n'a évidemment rien contre les forces de l'ordre. Il explique que Christophe Dettinger a simplement agi, comme n'importe qui, en voyant quelqu'un se faire agresser : "Il y a des lois naturelles : vous ne réfléchissez pas si c'est bien ou mal, vous réagissez. Et c'est ce qu'a fait Christophe Dettinger. C'est ça être humain".

Évoquant les Gilets Jaunes, toujours soutenus par 50% des Français, André Bercoff affirme que la violence ne doit pas être légitimée, il faut savoir raison garder. Antoine Peillon interroge alors : "Combien de policiers éborgnés ? Combien de mains arrachées dans les forces de l'ordre ? Combien d'enquêtes IGPN bouclées ? Aucune. Combien de forces de l'ordre condamnées ? Aucune. Combien de vies brisées et de familles brisées dans les Gilets Jaunes ? Des milliers !"

 

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