"J'ai la boule au ventre quand je vais travailler" : le cri de douleur d'une directrice d'école

Aujourd’hui partout en France les  enseignants et les directeurs d'école rendent hommage à Christine Renon.  C’est cette directrice d’une école de Pantin qui a s’est suicidée le 21 septembre dans son école . Les enseignants sont appelés à se rassembler en sa mémoire. Le suicide de cette directrice a provoqué une vive émotion dans les rangs des enseignants.

Avant de mettre fin à ses jours, l’enseignante avait rédigé plusieurs lettres pour expliquer son geste, lettres adressées à ses collègues directeurs des écoles voisines.
Elle y parlait de ses conditions de travail , de la surcharge et multiplications des tâches , de son épuisement et du manque de soutien de sa hiérarchie.  Cette lettre, largement diffusée sur les réseaux sociaux a provoqué une onde de choc. Beaucoup de ses collègues directrices et directeurs d’école se sont reconnus dans cette souffrance au travail.
Christine Bouillot a recueilli le témoignage d’une directrice d'une école d'un quartier populaire de l'agglomération toulousaine.

 

C'est la sixième rentrée que fait Marine en tant que directrice d'école. Mais après seulement un mois de classe, elle est déjà à bout : "hier encore, il y a eu une agression au portail de l'école. On a la boule au ventre quand on vient travailler. Et on est seuls. On est seul quand on arrive au portail."

"Je dois tout gérer : standard, accueil, administratifs et même les conflits"

Pour moins de 1900 euros par mois dont moins de 150 euros de prime de direction, Marine enchaîne les journées à rallonge avec des semaines à 60 heures de travail. Elle partage son temps entre sa classe et sa mission de directrice d'école. Elle cumule les fonctions et toutes les tâches pour faire fonctionner à elle seule une école de treize classes.

Et les galères sont nombreuses : " Par exemple, pour une demande de bus pour une sortie scolaire, il faut remplir trois formulaires différents, envoyer le devis au transporteur, puis à la mairie, puis attendre approbation. C'est pareil pour tout. Les commandes, j'ai 5 fournisseurs différents.  Et en plus je dois tout gérer. Le standard, l'accueil, les conflits, la vie de l'école, l'administratif".

"Il n'y a pas de soutien de la hiérarchie"

Cette directrice d'école doit aussi gérer les relations compliquées avec certaines familles. Elle considère que sa hiérarchie ne l'épaule pas suffisamment. " Quand je vais voir l'administration, que je leur raconte qu'on m'a insultée ou menacée de mort, on me répond que ce n'est pas grave, qu'il ne faut pas faire de vague. Mon désespoir il vient de là : il n'y a pas de réponse et de  soutien de la hiérarchie. "

Pour Marine et ses collègues, le suicide de la directrice de l'école de Pantin le mois dernier n'est certainement pas un simple fait divers.