Isabelle Saint-Martin : peut-on parler des religions à l'école ?

Nathalie Saint-Martin, auteure de "Peut-on parler des religions à l’école", était l’invitée d’André Bercoff, lundi 23 septembre sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-13h, "Bercoff dans tous ses états". Elle pose la question de l’utilité de l’enseignement du fait religieux à l’école.

Nathalie Saint-Martin invitée d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

Dans son livre Peut-on parler des religions à l’école, la directrice d’études à l’EPHE pose la question de la pertinence d'étudier les religions dans les écoles. Un sujet épineux où les craintes sont multiples, tant pour le respect du principe de laïcité que pour le risque d’affirmations identitaires trop fortes chez les adolescents.

 

L’enseignement confessionnel de la religion supprimé dès 1880

Contrairement aux idées reçues, ce n’est pas en 1905 que l’enseignement religieux a été abandonné de "façon confessante" dans les écoles de la République. Mais bien, une vingtaine d’années plus tôt, "autour de 1880-1882", avance Nathalie Saint-Martin. L’enseignement confessionnel "exclusivement catholique" est alors délaissé, les contenus tout comme les enseignants sont "laïcisés". Alors, lorsque la loi de séparation entre l’Église et l’État est adoptée en 1905, la "laïcisation scolaire" est déjà faite.

Mais ce n’est pas d’une manière brutale que ce processus a été mis en place. Nathalie Saint-Martin rappelle que Jules Ferry lui-même avait demandé "qu’un jour de la semaine, en plus du dimanche, laisse aux familles la possibilité d’exercer leur choix". La loi de 1905 "garantit la libre conscience et la liberté de culte", il n’y a pas de "religion d’État", ni "d’irreligion d’État", souligne l’ancienne directrice de l’Institut européen en sciences des religions (IESR). Il n’y a ni prosélytisme, ni attaque sur les religions.

Une solution malgré des risques

Aujourd’hui, c’est dans un nouveau contexte que la question se pose de nouveau. "Compte tenu de la pluralité accrue de la société française, de la massification scolaire, il y a des éléments de culture de l’humanisme de savoirs qu’il faut apprendre", affirme Nathalie Saint-Martin. "Les choses ne sont pas connues", remarque-t-elle faisant référence à la perte d’une "culture religieuse commune", par le catéchisme ou la baisse de la pratique. Alors une question se pose. "Doit-on les apprendre à l’école ou ne doit-on jamais en parler alors qu’on en entend parler partout ?"

Pour éviter "le déni", Nathalie Saint-Martin propose que l’on aborde la question des religions d’une manière "non confessante, par la connaissance et le savoir". À ceux qui craignent une atteinte à la laïcité, la directrice d’étude à l’EPHE répond au contraire, que "parler de manière distancier et objective comme fait de culture et de civilisation, c’est mettre en œuvre une laïcité qui n’interdit aucun domaine du savoir", rassure-t-elle. Une autre crainte, celle de l’affirmation identitaire notamment chez les adolescents. Pour Nathalie Saint-Martin, pas question d’avoir une approche naïve. "Il n’est pas question d’en faire une heure spécifique dédiée à l’enseignement des religions. Il faut en parler à travers les programmes scolaires, lorsque le thème l’impose".

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