Grand Débat : êtes-vous satisfaits des mesures révélées ?

Le contenu de l’intervention télévisée qu’Emmanuel Macron aurait dû tenir lundi soir a fuité dans la presse… Que penser de ces propositions ? C'est le débat du jour avec Véronique Jacquier dans "Info vérité" sur Sud Radio le 17 Avril. Avec pour invités :
- Agnès Verdier-Molinié, essayiste et directrice de l’IFRAP (Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques) ;
- Yves Sintomer, politologue et professeur à l'université Paris 8, coauteur du livre Pour une cinquième république écologique aux éditions Odile Jacob ;
- Kamal Amriou, cofondateur du Conseil National de la Résistance des Gilets Jaunes, et du collectif des « Sans étiquette » ;
- Ferghane Azihari, analyste à l’IREF (Institut de Recherches Économiques et Fiscales).

"Info Vérité" est diffusée tous les jours à 7h10 et 9h15 dans la matinale animée par Cécile de Ménibus et Patrick Roger.

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Était-ce voulu ? Les grandes lignes des annonces qu'Emmanuel Macron n'a pu faire du fait de l'incendie de Notre-Dame de Paris ont fuité dans les médias. Est-ce satisfaisant ? "Il y a trois mesures en trompe-l’œil" estime Véronique Jacquier. D'abord, la ré-indexation des retraites de moins de 2.000 euros sur l’inflation. Le gouvernement est en fait obligé de faire cette ré-indexation en 2020, le Conseil constitutionnel ayant estimé qu'il n'était pas possible de geler les pensions arbitrairement sur la durée, en 2018, 2019 et 2020. Le gouvernement prend donc une mesure qu’il est obligé de prendre.

Pourquoi supprimer l'ENA ?

Ensuite, concernant les aspirations à plus de démocratie directe, Emmanuel Macron propose le RIC, le référendum d’initiative citoyenne, au niveau local. "Cela existe déjà, rappelle Véronique Jacquier. Un maire peut tout-à-fait proposer un référendum à ses administrés sur l’implantation d’une éolienne. En soi, c’est une mesure gadget car, pour qu’un référendum local ou un RIC soit valable, il faut une participation significative (autour de 60%), et c’est rarement le cas." Enfin, le Président propose de supprimer l’ENA et l’ENM (Ecole Nationale de la Magistrature). "Je ne vois pas en quoi supprimer l’ENA va modifier les inégalités scolaires. Il faudrait vraiment s’attaquer au niveau et à la qualité de l’enseignement dans toutes les écoles de France."

"Le sujet est déjà de supprimer le lien entre l'ENA et les grands corps de l'État. Mais on va voir dans le détail comment cela va se passer exactement", estime Agnès Verdier-Molinié, essayiste et directrice de l’IFRAP. Vers une grande école de l'administration ? "Nous proposons un tronc commun la première année et une spécialisation. Mais va-t-on continuer à avoir un statut à vie au niveau préfectoral, Inspection des Finances, Conseil d'État ? Il est vrai que nous avons une haute fonction publique identique. Il n'y a pas de diversité dans leur profil, et cela donne les mêmes réflexes. C'est pour cela que nous avons tant de mal à réduire la dépense publiques, les strates administratives, les normes, les lois. Un système atrocement complexe que, finalement, les Français ne comprennent plus."

Rien pour lutter contre le chômage de masse

Au fond, le Président répond-il à la colère exprimée par les Gilets Jaunes ? "Oui, quand même ! Introduction d’une dose de proportionnelle, baisse du nombre de parlementaires, aucune fermeture d’école et d’hôpitaux d’ici la fin du quinquennat et création d’une nouvelle tranche d’impôt sur le revenu pour qu’une partie de la classe moyenne ne soit plus assujettie à un taux de 14% mais à 5 ou 10%." Cela signifie donc une baisse de l'impôt. Mais où le Président va-t-il chercher l’argent ? Dans les niches fiscales utilisées par les ménages les plus aisés, ce qui devrait satisfaire les Gilets Jaunes.

Quid du pouvoir d’achat ? "Il y a quand même la pérennisation de la Prime Macron, 1.000 euros défiscaliés. Deux millions de Français en ont profité. En revanche, le Président veut poursuivre le grand débat sous la forme d’une concertation sur le reste à vivre avec les partenaires sociaux et des citoyens tirés au sort, constate Véronique Jacquier. Cela lui permettrait d’enjamber les Européennes." Pour autant, "ces mesures donnent un sentiment de grand renoncement. Aucune mesure pour baisser la dépense publique. Rien pour lutter contre le chômage de masse, qui est le fléau de notre pays, même si les Gilets Jaunes et les cahiers de doléance n’en parlent pas. Au moment où nous sommes tous encore au chevet de Notre-Dame de Paris, sans doute faut-il un bâtisseur de cathédrale pour s’attaquer à ces chantiers. Emmanuel Macron n’est pas ce maître-d’œuvre là…"

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Retrouvez "Info Vérité" du lundi au vendredi avec Véronique Jacquier à 7h10 et 9h15 sur Sud Radio, dans la matinale de Cécile de Ménibus et Patrick Roger.

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