Faut-il rapatrier les enfants de djihadistes ?

enfants de djihadistes
Fallait-il rapatrier les enfants de djihadistes ? DR / Pixabay

Douze orphelins de familles djihadistes ont été rapatriés en France hier. Leur sort divise. C’est la question du jour avec Véronique Jacquier dans "Info vérité" sur Sud Radio le 11 juin 2019. Avec pour invités :
- Le Docteur Élise Boghossian, fondatrice de l’association Élise Care ;
- Pierre Henry, directeur général de l’association France Terre d’Asile ;
- Loïc Guérin, avocat pénaliste ;
- Jean Messiha, Rassemblement National.

“Info Vérité" est diffusée tous les jours à 7h10 et 9h15 dans la matinale animée par Cécile de Ménibus et Patrick Roger.

Fallait-il rapatrier les enfants de djihadistes ? "Il faut faire une distinction, estime Véronique Jacquier. Ce ne sont pas des adolescents, de potentiels petits lions du Califat. Ce sont des enfants mineurs âgés de 1 à 12 ans". Orphelins de père et de mère ou considérés comme isolés, ils vivaient dans des camps du nord-est de la Syrie sous protection kurde.

Des enfants en danger de mort

Dénutris et vulnérables, ces enfants sont pris en charge par l’aide sociale à l’enfance depuis leur arrivée en France, pour un bilan physique et psychologique dans un hôpital avant un placement dans une famille d’accueil. Un juge statuera par la suite sur leur sort lors d’une audience, leurs grands-parents pouvant prétendre à la garde de ces enfants qu’ils voient parfois pour la première fois.
 
D’autres enfants de djihadistes doivent arriver en France. Notre pays pourrait-il ne pas les recevoir ? "Non, estime Véronique Jacquier. Les grands-parents de deux enfants d’une mère djihadiste qui se trouvent en Syrie ont saisi la Cour européenne des Droits de l’Homme. Ils demandent depuis un mois la condamnation de la France car elle refuse de rapatrier leurs petits-enfants. Motif : en les laissant sur place, avec leur mère, notre pays les expose à des traitements inhumains et dégradants. Une plainte de l’ONU vise aussi la France pour mise en danger de mort de ces enfants".

Victimes de guerre ou enfants de terroristes ?

On parle de combien d’enfants ? "À Mossoul, c’est 17.000 enfants qui vivent dans la rue ; ils sont 60.000 à Alep, précise le docteur Élise Boghossian, fondatrice de l’association Élise Care. Ce sont des enfants porteurs de polytraumas, habitués à la violence, à la guerre, au bruit des bombes. Tous ont côtoyé la mort au quotidien, ils n’ont aucun filtre et aucune protection de la part des adultes, ils absorbent tout ce qu’ils voient. Pour eux, la violence est devenue tellement banale". Peut-on les en délivrer ? "Cela prend du temps. Vous en avez qui vivent dans la rue comme des meutes, on donne une arme au chef de bande, on leur a appris à être des espions, on les a mis sous produits… La mère n’a pas les mêmes droits sur les orphelins, en Irak, quand le père est décédé. Certains sont apatrides. Avant de les scolariser, il va falloir détricoter les processus-clés de la violence. Cela va prendre des années, il y a des âges où cela fonctionne mieux, où ils redeviennent des enfants plus vite. Les adolescents, c’est plus difficile. Les petits veulent juste qu’on les prenne dans les bras et qu’on leur raconte des histoires."

Pour l’instant, la France rapatrie les enfants au cas par cas sur des critères de détresse humanitaire. Mais sur un autre plan, sont-ils des victimes de guerre ou faut-il les considérer comme des enfants de terroristes ? "Les deux, juge Véronique Jacquier. Mais plus que leur rapatriement, c’est leur suivi qui pose question". Comment s’occuper d’enfants qui ont connu les bombardements, les privations, parfois la séparation brutale avec leur mère alors qu’ils n’étaient pas encore sevrés, pour certains ? "Pour l’aide sociale à l’enfance, c’est aussi le saut dans l’inconnu. Ils ont été polytraumatisés." Peuvent-ils grandir sereinement ? En mars dernier, le gouvernement a annoncé le chiffre de 500 enfants vivant en Syrie et en Irak. "350 seraient partis de France avec leurs parents, 150 seraient nés sur place, beaucoup seraient morts. Notre pays n’a pas d’autre choix que de les accueillir. Le plus dur est de les faire grandir sans qu’ils ne deviennent des bombes à retardement", juge Véronique Jacquier.


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