Un enseignant suspendu pour avoir écrit que Samuel Paty n’avait pas été soutenu par sa hiérarchie

Un enseignant du Jura a été suspendu pour avoir écrit sur la messagerie interne que Samuel Paty n’avait pas été soutenu par sa hiérarchie.

À Besançon, un professeur de lettres et d’histoire a été suspendu quatre mois pour avoir critiqué l’Éducation Nationale sur la messagerie interne au sujet de la minute de silence en mémoire de Samuel Paty.

"Lorsque l’on est fonctionnaire, on ne critique ni l’institution, ni la hiérarchie"

"Ma critique est très simple, explique Jean-Christophe Peton, professeur de lettres et d’histoire au lycée du Bois à Mouchard, dans le Jura. Il y a une version officielle concernant le rôle de l’Éducation Nationale dans l’affaire Samuel Paty, le soutien indéfectible qu’elle lui aurait apporté. Moi, comme de nombreuses personnes, je ne suis pas d’accord. Il y a eu un livre, énormément d’articles à ce sujet. La version officielle de l’Éducation Nationale me heurte un petit peu."

Le rectorat lui reproche d’avoir utilisé Pronotes, un outil de communication interne, pour diffuser des propos plus personnels. "La version du rectorat est un peu évolutive, estime l’enseignant suspendu. Quand on m’a convoqué dans un premier temps pour me signifier ma suspension, on m’a dit que lorsque l’on est fonctionnaire, on ne critique ni l’institution, ni la hiérarchie."

"L’Éducation Nationale sortirait grandie de reconnaître qu’elle n’a pas été parfaite"

"La convocation disait que j’avais tenu des propos inappropriés sur Pronotes et interpellé le recteur à cet égard, explique Jean-Christophe Peton. Le rectorat a dit aux journalistes qui lui ont demandé, que l’on me reproche d’avoir utilisé un outil professionnel pour exprimer des idées personnelles. C’est assez cocasse car l’outil Pronotes est évidemment utilisé pour un tas de communication qui ne sont pas stricto sensu pédagogique."

Voulait-il alerter les autres enseignants ? "Je répondais à un message laconique du proviseur qui invitait à une minute de silence, résume l’enseignant. J’ai répondu à l’ensemble de mes pairs ce que je pensais de cette histoire. Cette minute de silence, il fallait la faire. Mais on fait une minute de silence, on rebaptise des salles à son nom, et puis terminé. On ne revient pas sur le rôle ambigu joué par l’institution dans son soutien à Samuel Paty. L’Éducation Nationale sortirait grandie de reconnaître qu’elle n’a pas été parfaite."

"L’école ne peut pas se substituer à l’éducation parentale"

"Je ne suis pas privé de mon salaire car il faudrait une sanction pour cela, après le conseil de discipline, explique-t-il. Je suis enseignant en lycée professionnel, je ne demande qu’à enseigner et je suis payé à ne rien faire." A-t-il reçu du soutien ? "Absolument. J’ai un soutien massif des collègues de mon établissement, ainsi qu’un soutien syndical et intersyndical car je suis représentant syndical CGT. Je suis aussi soutenu par mes collègues de France et de Navarre ainsi que sur Twitter." Des hashtags de soutien #tous suspendus et #suspendezmoi sont même apparus. Est-ce la fin du "pas de vagues" ? "J’aimerais le croire mais je n’en suis pas totalement convaincu. La parole d’enseignants se libère."

Est-il inquiet pour l’Éducation Nationale en France ? "Oui pour certains choses vues en trente ans de carrière. En même temps, je suis optimiste puisque je suis enseignant. Il est clair que l’école ne peut pas tout faire, se substituer à l’éducation parentale. Chez les professeurs des écoles, la base c’est lire, écrire, compter. Quand on leur demande un tas de choses, ce n’est pas la mission première, et c’est du temps que l’on ne consacre pas à la mission première."

Jean-Christophe Peton, professeur de lettres et d’histoire au lycée du Bois à Mouchard (Jura), était l’invité de Patrick Roger le 2 décembre dans l’émission "C’est à la une" sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 7h10. 

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