Enfants placés, coupés de tout: "On les détruit" dénonce un avocat

Il dénonce la toute puissance de la justice pour enfants: placements abusifs, droit de visites bafoués... Un avocat marseillais veut faire bouger les lignes. Il présente aujourd'hui un projet de loi qu’il adressera au président de la république. L’idée: faciliter la défense des parents d’enfants placés et réduire les délais d’instruction. Ses familles se heurtent parfois à un mur, et il est très difficile de faire changer la décision des juges qui sont débordés.

Image par ToniKuettner de Pixabay

Reportage Sud Radio de Lionel Maillet

 

Elle voit son fils deux heures, deux fois par mois: accusée de maltraitance, dit-elle. Chloé a perdu la garde de son petit garçon il y a près d’un an. Depuis, impossible de le faire placer chez ses grands parents:

Aujourd'hui j'ai un petit garçon de quatre ans qui a quand-même un papy et une mamie ! Il devrait être ici, or il est en famille d'accueil. Il a fait quatre familles d'accueil ! Il a qu'un souhait, c'est de rentrer à la maison. A chaque fois que je le vois, il me demande: 'Maman, quand c'est que je rentre à la maison? Maman, quand c'est que je vois la juge?'

 

Un dialogue de sourds avec la protection de l’enfance. Lydia en veut énormément aux éducateurs et assistantes sociales qui encadrent son petit-fils: "Je les appelle le staff social, toutes ces personnes qui sont au milieu de tout ça, qui ont 20 ans, 18 ans, et qui savent tout. C'est même pas le magistrat qui donne la sentence, c'est les services sociaux qui font ce qu'ils veulent. Il n'y a aucune enquête, pas de suivi, c'est très long... On a affaire à des murs !"

 

Coupés de toute leur ancienne vie, sans réponse des juges

Souvent débordés, les magistrats n’ont pas toujours le temps de  répondre aux requêtes des familles. Il faut changer la loi et les y contraindre, selon l’avocat marseillais Michel Amas: "Quand vous demandez à voir votre enfant le week-end, si le juge n'a pas le temps de vous répondre, eh bien vous ne verrez pas votre enfant le week-end. Il faut que la loi contraigne le magistrat à répondre dans un délai bref, et que l'appel soit possible de ce qu'il dit". 300.000 mineurs et jeunes majeurs sont placés chaque année.

 

"Quand on place un enfant, on va souvent le changer de lieu. S'il était à, Marseille, peut-être qu'on le mettra à Aubagne. Ce qui entraîne immédiatement qu'il n'est plus dans la même école, il n'a plus ses amis de classe. L'arrêt immédiat de l'extra-scolaire: le judo, la danse, lés échec, les églises, la synagogue, les scouts... Tout est fini. Il ne voit plus du tout ses grands-parents. Il ne voit plus les amis de ses parents. Il n'a plus d'amis. On le détruit. Et ça, on peut rien y faire, on est bloqué sur cette situation. C'est ça qui est intolérable. La loi doit contraindre le magistrat à nous répondre dans un délai bref, et permettre une décision d'appel dans les deux mois" - Maître Michel Amas