Emmanuel Pierrat : "L'amour du patrimoine et de l'art aide à être plus tolérant sur la religion"

Emmanuel Pierrat, avocat au barreau de Paris, ancien membre du Conseil de l'ordre, auteur de "Je crois en l’athéisme" (éditions du Cerf), était l’invité de Jean-Marie Bordry jeudi 25 juin sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-13h, "Bercoff dans tous ses états".

Emmanuel Pierrat invité de Jean-Marie Bordry dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

Emmanuel Pierrat est un avocat bien connu au barreau de Paris, mais est surtout un athée convaincu malgré une éducation chrétienne durant son enfance. Ce qui ne l'empêche pas de se signer et de "tremper sa main dans le bénitier" en entrant dans une église. "Parce que c'est ma culture", assume-t-il. "Si je décide de rentrer dans une église, dans un lieu sacré, je vais respecter les gestes des gens qui ont l'habitude d'y aller", se justifie-t-il.

 

Du catéchisme à la franc-maçonnerie

Né en 1968, c'est donc dans une période de révolution de l'Église qu'Emmanuel Pierrat a commencé son éducation religieuse auprès "d'un curé de gauche, du courant Vatican II", du nom du concile censé moderniser la pratique du culte, notamment en interdisant la messe en latin et en créant une nouvelle messe, où le prêtre ne tourne plus le dos aux fidèles. "Des progrès qui auraient pu rendre tout ça très sympathique", estime l'avocat qui a finalement pris une autre voix. "Dans les années 1980, l'Église n'a pas beaucoup évolué, l'arrivée du sida ne l'a pas rendue plus gay friendly et plus ouverte aux femmes", souligne-t-il. Un constat qui l'a conduit à "changer de chapelle" et à se tourner vers la franc-maçonnerie.

Mais au-delà de ses réticences envers le culte catholique, Emmanuel Pierrat note surtout que "la France est faite d'un maillage beaucoup plus subtile". Il observe que "les gens ont une éducation religieuse, mais ne vont plus à la messe, sont de moins en moins croyants ou pratiquants". Ce qui ne les empêcheraient pas "d'être attachés à la culture qui nous environne, ce que la culture chrétienne a amené à la littérature, à nos villes et notre patrimoine", indique-t-il. "Je crois qu'aujourd'hui il faut se réconcilier avec ça, et je ne serais peut-être pas réconcilié sans la franc-maçonnerie", témoigne l'avocat.

Une réconciliation grâce à l'art

C'est d'ailleurs "l'amour du patrimoine et de l'art" qui a aidé l'avocat franc-maçon "à être plus tolérant sur la religion". Il se souvient des confidences de Michel Houellebecq, l'écrivain que défendait Emmanuel Pierrat après des propos "cinglants" sur l'islam. "Il me disait : 'je suis beaucoup moins dur avec les catholiques parce qu'il y a les grandes cathédrales, et avec le judaïsme parce que le Talmud est écrit dans une poésie sublime'", rapporte-t-il. Dans un espace plus intime cette fois, l'avocat confie collectionner des statuettes d'art africain traditionnel, particulièrement axé sur la spiritualité. "Ma fille m'a fait remarquer que je ne crois pas en Dieu, mais que j'en achète beaucoup", s'amuse-t-il.

Alors Emmanuel Pierrat assume de vivre "un athéisme apaisé dans mes rapports avec la foi et les croyants". Sur son bureau trône un grand crucifix à la gloire de Jésus-Christ. "On peut encore garder les symboles et les signes et ne pas oublier que tout franc-maçon ou athée que je suis, la République a été un royaume plutôt religieux de droit divin", estime-t-il, en faisant remarquer que "la robe d'avocat que je porte en témoigne, c'est une soutane originellement".

 

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