Elisabeth Lévy: "Honorer la mémoire de nos dessinateurs, affirmer notre droit à l'irrespect, autre nom de la liberté d'expression"

Notre éditorialiste revient sur l'attentat de Villejuif qui rappelle de mauvais souvenirs, 4 ans après Charlie Hebdo. Mais où sont donc les "Charlie" d'hier ? Qui sont les idiots utiles ? Déséquilibré ou islamiste ? Ou les deux ?

Le regard libre d'Élisabeth Lévy

 

Vous voulez revenir sur l’attaque au couteau qui a fait un mort et deux blessés vendredi à Villejuif.

Chaque fois, c'est le même scénario: une arme blanche, des passants frappés au cri d’Allah Akbar, un individu radicalisé derrière son écran ou dans son voisinage proche. Comme le résume le Figaro dans son édito aujourd'hui, l'attaque de Villejuif fournit la recette du djihad ordinaire. Pour les derniers mois, on peut ajouter à la liste Villeurbanne le 31 août ou à la Préfecture de police le 3 octobre.

À chaque fois, la même dispute sémantique et juridique qui cache un enjeu idéologique. Le Parquet national antiterroriste ne semble pas avoir de doctrine claire. Critiqué pour son abstention après Villeurbanne, il s’est saisi du dossier de Villejuif. Selon Marc Trévidic dans Causeur, l’angélisme a plutôt reculé.

Nombre de commentateurs répugnent pourtant à parler de terrorisme et plus encore de "terrorisme islamiste". Pour la Préfecture de police, ils ont nié l’évidence à coups de périphrases comme "Rien ne permet d’affirmer que". Rien, sauf tout, en fait. Une prudence qui confine à l’aveuglement, qui vise à montrer que ces crimes n’ont rien à voir avec l’islam.

De fait, ce sont des actes de déséquilibrés.

Une personne équilibrée peut-elle poignarder un inconnu ou rouler sur une foule en fête ? De plus, tous les déséquilibrés ne tuent pas des mécréants ou de vieilles dames juives. Si Nathan Chiasson ne s’était pas converti à l’islam, aurait-il enfilé sa djellaba pour frapper des non-musulmans ? L’auto-entrepreneur terroriste est à la fois déséquilibré et radicalisé. On ne va pas faire disparaître la folie mais il est urgent de s’interroger sur la forêt où de tels arbres se multiplient.

Que voulez-vous dire ?

Qu’il ne suffit pas de lutter contre le terrorisme. Le plus important, c’est de lutter contre ce qui nourrit le terrorisme, c'est à dire l’islam radical et séparatiste. Un énième livre-choc vient de sortir : les Territoires perdus par la République sont devenus « Les territoires conquis de l’islamisme », où Bernard Rougier raconte la prise de contrôle des islamistes sur l’islam.

Or, face à ce phénomène, nous sommes désarmés voire démobilisés. Les islamistes ont leurs idiots utiles.

  • Les politiques qui nous expliquent, comme Jadot, qu’il n’y a pas de continuité entre communautarisme et islamisme ou qui croient comme beaucoup de macroniens que la sécession islamiste sera vaincue par la croissance.

  • Tous ceux d’entre nous qui, par tact, tolèrent les mille petits signes de cette sécession, comme le refus de serrer la main aux femmes, ou celui de manger avec ses condisciples.

  • Une mention spéciale aux commentateurs qui traquent obsessionnellement l’islamophobie.

Le 11 janvier 2015, la France jurait qu’elle serait toujours Charlie. Cinq ans plus tard, ils nous somment de respecter toutes les différences. Et bien non. Honorer la mémoire de nos dessinateurs et de toutes les autres victimes, exige d’affirmer notre droit à l’irrespect qui est l’autre nom de la liberté d’expression.