Élisabeth Lévy - "Dans l'affaire Mila, Ségolène Royal a choisi le camp de la lâcheté"

La jeune Mila est encore et toujours la cible d'attaques voire même parfois d'appels au meurtre. Son tort ? Être resté dans les clous de la loi en ayant insulté une idéologie, jamais les croyants en tant qu'individus. Mais voilà que Ségolène Royal, au nom d'une fraternité - un mot fort dévoyé -, rêve presque d'un retour au délit de blasphème.

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Les déclarations de Ségolène Royal sur les caricatures de Mahomet ont suscité beaucoup de réactions.

Hier matin sur CNews, l’ancienne ministre a critiqué Emmanuel Macron qui a déclaré aux obsèques de Samuel Paty qu’il continuerait avec les caricatures. « Ces caricatures blessent des millions de personnes à travers le monde. La liberté d’expression ne permet pas de dire et de faire n’importe quoi », a déclaré Royal. Elle oppose au président de la République la fraternité qui est, selon elle, « l’interdiction de choquer, d’humilier, d’insulter ». En somme, Royal ressuscite un délit de blasphème aboli par la Révolution.  

Cependant des millions de musulmans, pas tous radicaux, se sentent insultés par ces caricatures.

Faut-il inlassablement leur expliquer que l’insulte à une religion, un dieu ou un prophète n’est pas la même chose que la haine des croyants ? Vous pouvez caricaturer Moïse, pas représenter des juifs au nez crochu qui dominent le monde. Les catholiques ont été très blessés par des représentations scabreuses de Jésus. Dès qu’on évoque l’interdiction de choquer, c’est la fin du débat. Quand des gens dénoncent le libéralisme, on ne voit pas des libéraux appeler à la violence. La loi française protège les personnes, pas les dogmes ou les idéologies.

La distinction est parfois subtile.

Seulement, si une jeune fille de 16 ans peut la comprendre, une ancienne ministre aussi. 

Dans un communiqué publié hier soir, Mila rappelle qu’elle n’a rien contre les musulmans. « Je m’attaque à la conception extrémiste d’une religion et pas à tous les croyants », écrit-elle.La jeune fille subit un déferlement de haine et de menaces depuis la diffusion dimanche d’une vidéo qui se conclut par une grossièreté à l’endroit d’Allah. 

Ce n’est pas du meilleur goût, mais la meute d’en face n’est pas l’allégorie de la délicatesse.

Tous ces gens qui appellent à lui faire une Samuel Paty sont intraitables sur le bon goût et la distinction. On peut déplorer la vulgarité. Mais la vulgarité ne tue pas. Les crayons ne tuent pas. Son avocat Richard Malka rappelle que c’est Mila qui vit bunkérisée comme les gens de Charlie Hebdo, pas ses agresseurs en ligne. Notre civilisation repose sur le langage. Les éructations sur le mode « Tu as insulté mon prophète je vais te tuer » expriment le caractère primitif de leurs auteurs. Quant à Ségolène Royal et tous les autres adeptes du « Oui mais », leur défense de la fraternité ressemble plutôt à une apologie de la lâcheté.