Deuxième vague de Covid-19 : "On n'a pas pris le problème par le bon bout"

Catherine Hill, épidémiologiste, ancienne cheffe de service de biostatistique et d’épidémiologie à l’Institut Gustave-Roussy de Villejuif (Val-de-Marne), était l’invitée de Patrick Roger le 14 octobre dans l’émission « C’est à la une » sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 8h10.

Seul un dépistage massif peut stopper la circulation du virus, estime Catherine Hill (Lionel BONAVENTURE - AFP)

Face à la deuxième vague du Covid-19, prend-t-on les bonnes mesures pour éviter les contaminations ? Alors que de nouvelles mesures sont annoncées le 14 octobre au soir, a-t-on déjà pris les bonnes ces dernières semaines ?

 

Enfermer les gens chez eux n'est pas la solution

"J’ai bien peur que non, estime Catherine Hill, épidémiologiste, ancienne cheffe de service de biostatistique et d’épidémiologie à l’Institut Gustave-Roussy de Villejuif (Val-de-Marne). Le virus circule, et à travers de gens qui n’ont pas de symptômes et ne se savent pas contagieux. Les autorités s’épuisent à partir de cas contacts, à partir d’une petite fraction de cas. En Angleterre, un sondage sur 680.000 personne a trouvé que cinq personnes sur 1.000 étaient positives, On ne trouve qu’une petite fraction de cas, on s ‘épuise à trouver leurs contacts. Pendant ce temps, les malades continuent de contaminer. On n'a pas pris le problème par le bon bout."

"Le bon bout n’est pas d’enfermer les gens chez eux, mais de trouver les gens positifs très vite, car ils sont contagieux sans avoir de symptômes ou avant de les avoir", rappelle cette épidémiologiste. Il faut changer la façon de tester, organiser un dépistage de masse en utilisant d’autres outils, des prélèvements salivaires plutôt que dans le nez, aussi bien voire mieux. Beaucoup d’études montrent que ce virus va très vite. Si on attend que les gens soient symptomatiques pour les trouver, ils auront déjà contaminé largement autour d'eux. C’est ça, le problème."

 

"On a cafouillé à tous les étages"

"On peut même faire des tests groupés, vingt personnes à la fois dans le même tube, souligne Catherine Hill. Si nous avons cinq cas sur 1.000 positifs comme en Angleterre, on aura beaucoup de tests négatifs. On peut aussi utiliser des tests antigéniques si l'on en a suffisamment. Tant que le virus circule, l’économie ne fonctionne pas. On pense qu’il faut choisir entre l’économie et le sanitaire. Les objectifs sont les mêmes : contrôler le virus. Il faut faire comme en Chine, en Corée du sud, en Nouvelle-Zélande, à Singapour : tester massivement pour trouver les gens qui sont contagieux."

Pourquoi le gouvernement ne suit-il pas cette stratégie ? Manquerait-on de moyens ? "Évidemment, cela demande une organisation. On a cafouillé à tous les étages. Les autorités n'ont pas été capables d’organiser les choses. L’organisation des tests était catastrophique, avec des gens jeunes pas malades venant faire la queue. Il faut commencer par décider que l’on va faire un dépistage massif. Si au lieu de trouver un cas sur cinq, on en trouve trois ou quatre sur cinq, on évitera beaucoup la circulation du virus. Les autorités ont choisi de vivre avec ce virus ; moi, je veux qu’on essaie de le contrôler. Le couvre-feu ne va pas changer grand chose. Jusqu’à ce que tout le pays soit rouge écarlate, ce sont des mesurettes désespérées qui ne changent rien ."

 

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