Des salariés de Sanofi dénoncent le "démantèlement programmé de la recherche française"

Le plan de suppression de postes dans la recherche ne passe toujours pas chez Sanofi, qui vient d'annoncer le versement de plus de 4 milliards d'euros à ses actionnaires pour 2021. À l’horizon 2022, un millier d'emplois doivent être supprimés en France dont 364 emplois en recherche et développement. Le site de Strasbourg (Bas-Rhin) va être fermé et plusieurs activités arrêtées, en particulier en chimie, délocalisée en Chine. Les salariés restent mobilisés. Un malaise renforcé par les retards du laboratoire dans la course au vaccin. Et ils emploient les grands moyens pour se faire entendre.

Des salariés de Sanofi protestent contre le plan de suppression de postes dans la recherche. (ALAIN JOCARD / AFP)
Reportage Sud Radio de Grâce Leplat

 

"Coupable ! Coupable !", martèlent les salariés devant le siège social de Sanofi : sur une estrade, chimistes et chercheurs se font juge, procureur et témoins de leur propre entreprise: "J'appelle donc comme témoin Sandrine, chercheuse à Sanofi sur le site de Montpellier", lance la présidente de circonstance du tribunal des salariés.

"Il y a un magnifique bulldozer qui est en train de raser notre bâtiment." - Sandrine, chercheuse

 

"J'en verse encore des larmes"

Le but de ce procès? "Montrer aux gens les dégâts, et le mal qu'ils font. Des larmes, j'en ai versé et j'en verse encore... Et l'émotion, elle est là !" En 12 ans, le département de la recherche et développement de Sanofi a été divisé par deux: Il ne reste plus en France que trois des 12 usines du groupe. "Coupables !", scandent les salariés, alors que la sono énumère les griefs:

"Trahison sanitaire, casse de la recherche scientifique, licenciements injustifiables..."

 

L'échec du vaccin covid

Des salariés qui parlent d'un véritable "démantèlement programmé de la recherche française. À mon avis, d'ici cinq ans, il n'y aura plus de site de recherche en France." Selon ces salariés à l'image du délégué CGT Pascal Collémine, c'est aussi la raison pour laquelle Sanofi n’a pas trouvé de vaccin contre le Covid19: "Forcément, à force de diminuer les effectifs en interne, on aboutit à des échecs d'une gravité incroyable en pleine pandémie. En France, pays de Louis Pasteur: pas foutus de trouver un vaccin." La direction de Sanofi assure de son côté que la recherche et développement reste au cœur des ses ambitions d’innovation et que des investissements massifs sont à venir.

 

"À force de diminuer les effectifs en interne, on aboutit à des échecs d'une gravité incroyable. Est-ce que Sanofi est encore une entreprise française? Non, c'est une multinationale qui ne vit que pour le profit, qui fait un peu de santé si ça rapporte le plus possible aux actionnaires" -  Pascal Collémine, chimiste et délégué CGT du groupe Sanofi

Au lendemain de cette manifestation des salariés, Sanofi annonce ce vendredi matin le versement de plus de 4 milliards d'euros à ses actionnaires.

 

Sanofi propose un dividende en hausse après une envolée de son bénéfice net en 2020

Paris, France | AFP

Le géant pharmaceutique français Sanofi va proposer un dividende en hausse après avoir publié vendredi un bénéfice net en progression de près de 340% pour l'année 2020, dopé par la vente d'actions de Regeneron, la biotech américaine qui a développé le traitement anti-Covid utilisé par Donald Trump. Très critiqué pour le retard de son vaccin anti-Covid, mais aussi pour près de 400 suppressions d'emplois dans la recherche, selon les syndicats, le laboratoire a gagné 12,3 milliards d'euros de bénéfice en 2020 et proposera un dividende à 3,20 euros par action, ce qui représentera au total un versement de plus de 4 milliards d'euros à ses actionnaires. Pour l'exercice précédent, Sanofi avait versé un dividende de 3,15 euros par action. "Au regard de ces résultats, et afin de poursuivre la transformation de l'entreprise dans un environnement externe complexe et très concurrentiel, la décision a été prise de proposer le versement d’un dividende aux actionnaires", a commenté Sanofi dans un courriel à l'AFP, vendredi.

"Sanofi évoluant dans un environnement international très concurrentiel, suspendre le dividende ou le réduire en raison de la pandémie actuelle viendrait à fragiliser l'entreprise, réduire son attractivité et altérer ainsi sa capacité à innover sur le long-terme pour les patients", ajoute-t-il. Le géant pharmaceutique publie ces résultats au lendemain d'une journée d'action à l'appel de la CGT. Jeudi, plusieurs dizaines de salariés de Sanofi, à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) puis à Paris, ont manifesté contre la stratégie du groupe.

L'an dernier, le laboratoire avait en effet annoncé 1.700 suppressions de postes, dont environ un millier en France. Selon les syndicats, une grande partie de ces suppressions auront lieu dans la recherche. Une pilule qui passe mal alors que Sanofi, l'un des leaders mondiaux des vaccins, a enregistré un revers dans le développement de son principal candidat-vaccin contre le Covid-19, désormais attendu fin 2021, soit un retard de plusieurs mois sur son calendrier initial. L'an passé, la société a enregistré un chiffre d'affaires de 36 milliards d'euros, en hausse de 3,3% à taux de changes constants.

Les vaccins ont été particulièrement porteurs, à quasiment 6 milliards d'euros, mais pas contre le Covid: dans un contexte de pandémie, ce sont les vaccins contre la grippe qui ont vu leurs ventes bondir tandis que ceux des voyageurs ont à l'inverse chuté de plus de 40%. Outre cette division, Sanofi a continué d'être soutenu par la croissance de son produit phare Dupixent. Développé en collaboration avec Regeneron, ce médicament, utilisé notamment dans le traitement de l'asthme ou de la dermatite atopique, pourrait rapporter, à terme, plus de 10 milliards d'euros de chiffre d'affaire.