Couvre-feu à 18h dans toute la France? Beaucoup redoutent une fausse bonne idée

Un nouveau conseil de défense sanitaire se réunit ce mercredi à l'Elysée pour décider de nouvelles mesures, afin de tenter de freiner la progression du virus, et notamment son variant britannique. Parmi les pistes évoquées, celle d'un couvre feu à 18h généralisé à l'ensemble du pays, et non-plus par département. Une mesure qui interroge aussi bien à Paris qu'à Auterive, 10.000 habitants à 25 km de Toulouse.

La Canebière de Marseille sous couvre-feu en octobre. (CHRISTOPHE SIMON / AFP)
Reportage Sud Radio de Christine Bouillot

 

C'est surtout aux jeunes et aux actifs que Monique pense, quand on évoque avec cette retraitée de 84 ans le couvre-feu à 18h:

"Les gens qui arrivent du travail, faut leur laisser le temps d'arriver, quand-même ! Si en rentrant, ils veulent passer prendre le pain, ça fait juste ! Enfin moi personnellement ça ne me gêne pas, vu que je suis retraitée et à la maison !"

 

Cette idée ne séduit pas non-plus Gisèle, qui vit dans un village isolé: "se retrouver isolé, le soir on ne peut plus recevoir personne, la famille ne peut pas venir... Nous, on est à la campagne, je suis habitué à ce que les enfants viennent passer des soirées, venir manger dans la semaine..." Cette hypothèse d'un couvre-feu à 18h généralisé sur l'ensemble du territoire interroge aussi le maire d'Auterive, René Azéma:

"Si on nous dit que le confinement peut être évité grâce au couvre-feu à 18h, pourquoi pas. Je me suis rendu compte que, quand le couvre-feu à 20h avait été imposé sur Toulouse, ça avait fait baisser les taux d'incidence assez nettement. Tellement nettement que actuellement, les taux sur Toulouse sont encore inférieurs à ceux du département" - René Azéma, maire d'Auterive (31)

Un maire qui, comme beaucoup, préfère se concentrer sur la campagne de vaccination des personnes âgées à domicile, qui débutera lundi.

 

Fermer les cantines? "Impossible si tous les élèves sont là"

Autre idée qui circule: fermer les cantines scolaires... Une fausse bonne idée selon le maire:

"Si les cantines ferment, je crois qu'il faut aussi fermer l'école. Quand on a fait l'ouverture des écoles au mois de juin avec des repas froids que les enfants mangeaient à leur place, ça n'était possible que parce-que tous les élèves n'étaient pas là. Avec tous les élèves, ça n'est pas possible d'ouvrir les écoles sans ouvrir les cantines. Les parents ne sont pas tous en mesure de venir les chercher à midi, certains ne sont pas sur place et nous les laissent jusqu'à 18h... Cela sera un peu compliqué, effectivement" - René Azéma, maire d'Auterive (31)

 

Dans la capitale, des Parisiens très sceptiques: "les métros seront encore plus bondés" à 18h

 

Reportage Sud Radio de Clément Bargain

 

La perspective d’un couvre-feu à 18h est difficilement envisageable pour Youssef, découragé par toutes ces restrictions: "ça n'a pas de sens, ça nous prive de nos libertés, j'en ai marre. On ne voit pas le bout du tunnel, c'est ça qui m'énerve. Il faut combattre la maladie, d'accord, mais autrement !" S’il devait y avoir un couvre-feu à 18h, ça serait de s’organiser pour Jude qui travaille à Paris. Il a une heure et demi de transports: "Surtout nous, on finit le travail à 18h, alors je sais pas s'il y aurait une autorisation ou non pour les gens qui travaillent... On rentre à 19h30 alors quand on habite un peu loin, déjà 20h c'est compliqué pour faires les courses..." Ce que redoutent avant tout les franciliens, c’est la saturation des transports en commun. Elisabteh et Nathalia sont sceptiques:

"Je vois que les métros sont bondés et qu'ils le seront encore plus à 18h... Je vois pas où est la cohérence sanitaire. Tout le monde est collé à 20h, sans distance, on se tousse dessus..."

 

Pour Emmanuel, avant d’avancer l’heure du couvre-feu, il faudrait déjà le faire respecter: "Personne ne le respecte, en tout cas en bas de chez moi c'est toujours très vivant. Je vous assure que si je veux descendre m'acheter une bière à minuit et demi, il est ouvert... Je ne comprends pas." Les nouvelles mesures seront actées par Emmanuel Macron et annoncées jeudi par Jean Castex; lors d'une conférence de presse.

 

D'autres au contraire, réclament des mesures plus drastiques: "Des gens meurent tous les jours, il faut prendre les choses au sérieux"

Emmanuel, restaurateur en région parisienne est pour l’élargissement du couvre-feu à 18h

"Des décisions un peu plus musclées, il faut les prendre. Moi j'ai pas envie que mes enfants ou mes parents ou grands-parents subissent, au nom de la liberté, l'insouciance des uns ou des autres. Vous avez bien vu tout ce qui s'est passé avec les rave-party: on a tous été jeunes, le ne les blâme pas, mais à un moment donné il faut prendre les choses au sérieux. Malheureusement c'est une épidémie, une pandémie, on ne sait pas où l'on va, et tout les jours il y a des gens qui meurent !"