Coronavirus : l'agriculture française en détresse

Les récoltes de fruits et légumes se trouvent confrontés à la crise du coronavirus. Chaque année, les récoltes amènent des saisonniers venus de toute la France, mais aussi des pays de l'Est, du Maroc et de la Tunisie. Mais la fermeture des frontières complique les plans des agriculteurs français : ils manquent de bras. D'ici le mois de mai ils ont besoin de 200 000 travailleurs saisonniers.

Un reportage de Lionel Maillet pour Sud Radio.

L’agriculture française est en situation de grande détresse à cause de la pandémie de Covid-19. Déjà pénalisés par la fermeture des restaurants, les agriculteurs français sont confrontés à la difficulté de vendre leurs produits. Les Français se sont rués dans les supermarchés pour acheter des pâtes ou du riz, mais les agriculteurs travaillent toujours et les fruits et légumes de printemps et d'été vont arriver.

Face à la perte de clientèle, ils doivent aussi faire face à la concurrence des pays comme l'Espagne et l'Italie. Embourbés dans la crise sanitaire, ils vendent leurs productions moins chères que d'habitude. Et la grande distribution française en profite. 

Avec le Printemps arrive la saison des fraises. Face au coronavirus, les producteurs s'inquiètent.

Philippe Bon est maraîcher dans le Vaucluse. Il s'attend déjà à ce que l'épidémie de Covid-19 ait des conséquences sur ses ventes. Pour lui, le marché s'écroule. Habituellement le kilo de fraise est vendu entre "sept ou huit euros" 

"Au niveau de la fraise on est à deux ou trois euros et encore on ne sait même pas les prix qu'on va avoir"

Les producteurs de fraises comme les producteurs d'asperges sont déjà en grande difficulté financière. La récolte doit commencer à la fin du mois de mars mais la grande distribution continue de se fournir à l’étranger où les prix sont cassés. Cette année, les supermarchés n'ont commandé que 10% des volumes habituels.

Pour Romain Blanchard, viticulteur près d’Aix en Provence, "les Espagnols et les Italiens sont en train de casser le marché encore plus que ce qu'ils font habituellement". Le risque : que la production soit stoppée d'urgence, et à terme, de réels problèmes pour les producteurs qui ne pourront survivre.

En plus de la concurrence des marchés étrangers, la fermeture des frontières provoque une diminution drastique de main d'oeuvre étrangère. Venus de toute la France mais aussi des pays de l'Est, du Maroc ou du Portugal, les employés saisonniers sont bloqués chez eux. Parmi les départements déjà touchés, les Pyrénées-Orientales, le Gard, l'Hérault, mais aussi la Dordogne, le Lot-et-Garonne ou le Tarn-et-Garonne, sont confrontés à des difficultés pour récolter. Thomas Chaullier est le président des jeunes agriculteurs des Bouches du Rhône. 

"Les arbres fruitiers, la viticulture... elles ne s'arrêtent pas avec la crise et les fruits continuent à pousser. Il faut continuer à travailler mais sans main d'oeuvre c'est compliqué"

Les agriculteurs français lancent un appel de détresse aux consommateurs. Pour les soutenir :  il faut plus que jamais acheter français. Pour savoir où se trouvent les besoins, l'agence pour l'emploi et les métiers en agriculture (Anefa) a mis en ligne une carte interactive. La FNSEA propose aux étudiants en disponibilité, aux salariés en chômage partiel et aux indépendants de venir prêter main forte.

Une production pour la poubelle

Romain Blanchard des Jeunes Agriculteurs des Bouches du Rhône voit nombre de producteurs de la région à deux doigts de jeter leur production face à l'absence de main d'oeuvre et au désintérêt des grandes surfaces qui préfèrent se fournir chez nos voisins italiens ou espagnols.

"Un adhérent va devoir jeter 200 000 salades parce que ses clients habituels préfèrent se fournir à l'import car les prix sont très avantageux pour eux"