Consommons-nous trop de médicaments ?  

Est-ce que nous consommons trop de médicaments ? C’est le débat du jour avec Véronique Jacquier dans Info vérité sur Sud Radio le 11 juillet. Avec pour invités :
- André Grimaldi, professeur émérite d’endocrinologie-diabétologie à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière, auteur de Les maladies chroniques : vers la troisième médecine chez Odile-Jacob, et La santé écartelée entre santé publique et business aux éditions Dialogues.
- Jean-François Bergmann, chef du service de médecine interne de l’AP-HP à Lariboisière, et ancien vice-président de la commission d’Autorisation de mise sur le marché (AMM) et de la commission de la transparence à la Haute autorité de santé ;
- Frédéric Bizard, économiste de la santé à l’ESCP Europe, président de l’Institut Santé ;
- Jean-Paul Hamon, président de la Fédération des médecins de France.

Info Vérité est diffusée tous les jours à 7h10 et 9h15 dans la matinale animée par Cécile de Ménibus et Patrick Roger.

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Sommes-nous donc accro aux médicaments ?

Sur fond de déremboursement de l’homéopathie, Agnès Buzyn a déclaré qu’il fallait que les Français apprennent à ne pas toujours prendre des médicaments. Sommes-nous donc accro aux médicaments ?

 

Des prescriptions, même quand ce n’est pas nécessaire

" Oui ! Nous sommes parmi les plus gros consommateurs tous médicaments confondus derrière les États-Unis", confirme Véronique Jacquier. Les médicaments coûtent environ 50 milliards d’euros à la Sécurité sociale. "Mais pour notre portefeuille, c’est gratuit, rien à débourser à la pharmacie !" De plus, la visite chez le médecin doit forcément se terminer par une ordonnance. "Avec un médicament efficace ou non, l’essentiel étant qu’il donne l’illusion de guérir plus vite et surtout que la visite chez le médecin serve à quelque chose. Les médecins généralistes prescrivent des médicaments même si ce n’est pas nécessaire. 'Sinon mon patient n’est pas content', disent-ils". Sans oublier la pression de la publicité et le fait de créer de nouvelles maladies : par exemple le déficit musculaire chez les personnes âgés, considéré comme une pathologie avec de nouveaux médicaments mis sur le marché.

Cette consommation importante des Français est-elle justifiée ? "Non, car sur 100 médicaments, 80% ne sont pas efficaces ou ne sont pas plus efficaces que ceux qui existent depuis plusieurs années, juge Véronique Jacquier. C’est beaucoup !" Certains médicaments pour lutter contre la maladie d’Alzeihmer, comme l’Arcept ont ainsi été montré du doigt et ne sont plus remboursés par la Sécurité sociale.

Sortir de la médecine prescriptive

Peut-on parler d’une banalisation dans la prise de certains médicaments ? Sans doute. D’ailleurs, l’Agence du médicament vient d’alerter sur les risques de surdosage du Doliprane et de tous les autres médicaments à base de paracétamol. Avec un milliard de boites vendues chaque année en France, trop de Français ont ce réflexe Doliprane. Plus encore, un Français sur cinq est accro aux anti-dépresseurs. Mais la pire des addictions demeure celle liée à la prise des anti-douleurs, des opiacés dont la morphine. "Ce médicament crée une véritable accoutumance et va jusqu’à provoquer la mort. On compte 50.000 victimes par an aux États Unis, et le phénomène d’addiction commence à arriver chez nous. C’est pour cela que l’on a supprimé des médicaments comme le Propofan et le Di-Antalvic. Rappelons qu’un médicament doit aider à guérir. Il ne doit pas devenir une drogue. Or, à travers leur mode de consommation, beaucoup de Français sont drogués aux médicaments. Pourtant, il existe des solutions simples pour retrouver la santé : manger équilibré, ne pas grossir, faire du sport… Si cela ne guérit pas toutes les pathologies, ça y contribue".

"On prescrit souvent trop de médicaments, mais les choses ont changé depuis les années 2000, estime le Dr André Grimaldi, professeur émérite d’endocrinologie-diabétologie à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière. Aujourd’hui, la France est dans la moyenne, c’est-à-dire trop, avec 38 milliards d’euros, 33 en ville et 5 à l’hôpital. C’est une conséquence de la médecine prescriptive avec le paiement à l’acte, à 25 euros la consultation. Autrement, le patient a l’impression d’être venu pour rien. Si vous aviez un paiement forfaitaire, d’autres auraient besoin d’être vus plus longtemps. Or, beaucoup de syndicats de médecins généraux sont attachés au paiement à l’acte".

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