Christophe Guilluy : "Il y a eu le plus grand plan social de l'histoire de l'économie"

Christophe Guilluy, géographe, théoricien du concept de "France périphérique", auteur de "Le temps des gens ordinaires" (éditions Flammarion), était l’invité d’André Bercoff, jeudi 15 octobre, sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-13h, "Bercoff dans tous ses états".

Christophe Guilluy invité d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

Alors que, pour de nombreux observateurs, les classes populaires disparaissent et intègrent les classes moyennes, Christophe Guilluy tient à signaler qu'elles "n'ont pas disparu". "Elles se sont recomposées et représentent un bloc tellement important qu'elles rayonnent au-delà de la contestation sociale, de classe stricto sensu", précise le géographe qui observe "une bascule culturelle".

 

Un changement de société

Si Christophe Guilluy n'est pas un prophète à proprement parlé, il anticipait déjà la révolte des Gilets jaunes sur le rond-point lorsqu'il se pencha sur la conception de la France périphérique. Idée à laquelle il se consacra "dès 2001". "Beaucoup de temps de perdu", déplore-t-il, évoquant "le plus grand plan social de l'histoire de l'économie". 

Un plan social qui consiste à "la mise à l'écart de tous ceux qui étaient au centre de nos sociétés d'hier", explique le géographe qui souligne "une adaptation des économies occidentales aux normes de l'économie-monde". Un phénomène qui est apparu dans les années 1970 et s'est accéléré dans les années 1980-1990.

Un exode citadin

"Il s'agissait d'adapter une économie qui était hier industrielle et répartie sur le territoire vers les secteurs les plus actifs de l'économie-monde", avec l'objectif de créer "le plus de valeurs ajoutées", expose Christophe Guilluy. Dans son dernier livre, l'auteur tente de "repérer où vivent les classes populaires aujourd'hui". Si l'on pense généralement que les classes populaires, majoritaires dans le pays, résident dans les logements sociaux, ces derniers ne représentent que 7% de l'habitat. "Ils vivent dans des territoires éloignés, dans les zones rurales, les petites villes", affirme le géographe.

Un phénomène inverse de l'exode rural peu abordé dans les médias et les études. "Toutes les représentations du monde d'en haut sont conçues pour les invisibiliser", s'indigne Christophe Guilluy. "La classe ouvrière disparaît mais c'est normal, on adapte notre économie, l'ouvrier passe dans le secteur tertiaire", note le géographe qui voit un plan social qui "s'est imposé presque naturellement et de façon invisible avec l'idée de faire disparaître une partie de la population, qui constitue un groupe marginal". "Mais le temps passant, on se rend compte que ce n'était pas seulement la classe ouvrière qui était dans la ligne de mire de ce plan social mais aussi les classes moyennes", prévient-il.

 

 

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