Chantal Delsol : "Tout ce que sait faire notre président Macron, c'est de dire que c'est la lèpre populiste"

Chantal Delsol, co-auteur de La démocratie dans l’adversité (aux éditions du Cerf), était l’invitée d’André Bercoff mardi 18 juin, sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-13h, "Bercoff dans tous ses états".

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Chantal Delsol : "La démocratie ce n'est pas seulement le vote, c'est aussi toute une ambiance de libéralisme, de tolérance, de liberté, de contre-pouvoir"

La démocratie est-elle en crise et comment peut-on la définir ? Chantal Delsol : "Aujourd'hui, il faut la redéfinir en raison de ce que l'on appelle la démocratie illibérale. C'est une démocratie qui pose un certain nombre de limites à la liberté, non pas que les démocraties libérales ne mettent pas de limites à la liberté. On n'a pas le droit de faire n'importe quoi. Mais ce sont des démocraties qui posent davantage de limites à la liberté. Ne serait-ce qu'en fonction de cela et du nombre de démocraties, on est obligé de la redéfinir. La démocratie, ce n'est pas seulement le vote, c'est aussi toute une ambiance de libéralisme, de tolérance, de liberté, de contre-pouvoir... On est obligé d'en passer par là".

Et que devrait être un pays pour être démocratique ? "C'est un pays dans lequel il y a une ambiance, une atmosphère de libéralisme aussi bien économique que culturel, social et politique, avec des contre-pouvoirs et où les individus peuvent choisir leurs gouvernants et donc peser sur leur destin". Mais alors aujourd'hui, quel pays peut être considéré comme une démocratie illibérale ? "Il y a plusieurs groupes. Il y a d'abord ceux qui n'ont pratiquement jamais été une démocratie et qui prétendent en être plus ou moins mais qui sont des démocraties illibérales car ils n'ont jamais saisi la liberté. On fait voter les gens, mais les gens votent pour des tyrans, religieux ou pas : ça peut donc être des pays musulmans, par exemple la Turquie. Le deuxième groupe, ce sont des pays qui ont été des démocraties auparavant. On compte les pays d'Europe centrale, l'Italie aussi, et même on pourrait compter l'Amérique de Trump... Ces pays estiment que les démocraties libérales laissent trop de libertés".

"Il doit y avoir un débat pour savoir où se situe la limite de la liberté"

Quid alors de la liberté d'expression qui, même en France parfois, est bafouée ? "Il y a actuellement une idéologie que j'appelle post-moderne, en Europe occidentale et puis en Amérique du Nord dans certains partis comme les démocrates, qui dit que la démocratie est illibérale à partir du moment où elle érige des freins à la liberté de circulation. Trump qui dit qu'il va mettre un mur pour empêcher les Mexicains de rentrer, en France et en Allemagne on va dire qu'il s'agit d'une démocratie illibérale parce que si on met un frein à la liberté à ce niveau-là, on est contre la liberté".

André Bercoff l'interroge alors sur la liberté : où commence-t-elle et où se termine-t-elle ? "Il doit y avoir un débat pour savoir où se situe la limite de la liberté. Toute liberté a des limites : la liberté économique, sociétale, d'immigration... Il doit y avoir un débat incessant sur ces limites, mais un débat cohérent et argumenté. On n'a pas le droit de jeter l'anathème sur des gens parce qu'on dit qu'ils sont illibéraux". Faut-il être inquiet quant à la démocratie ? "Il y a plusieurs sujets d'inquiétude grave. Tout ce que sait faire notre président Macron, c'est de dire que c'est la lèpre populiste. Il faut discuter".

 

 

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