Cabinets médicaux désertés, retard de diagnostiques graves et droit à l'avortement "bafoué"... Les effets collatéraux du coronavirus

Selon les médecins généralistes, les Français se soignent moins en raison du confinement et par crainte de contagion. C'est en tout cas ce qu'ils observent dans leurs cabinets médicaux où la fréquentation en ville est en chute libre. En pleine pandémie, ils s’inquiètent de voir leurs patients habituels déserter. Les syndicats de médecins généralistes sont […]

La fréquentation des médecins généralistes chute en ville

Selon les médecins généralistes, les Français se soignent moins en raison du confinement et par crainte de contagion. C'est en tout cas ce qu'ils observent dans leurs cabinets médicaux où la fréquentation en ville est en chute libre. En pleine pandémie, ils s’inquiètent de voir leurs patients habituels déserter. Les syndicats de médecins généralistes sont unanimes et lancent tous un cri d’alarme.

Un reportage de Clément Bargain :

 

 

"Les autres pathologies ne se sont pas arrêtées. Il faut que les gens continuent à consulter" prévient Jean-Paul Hamon, président de la Fédération des médecins de France. Avec les médecins libéraux, il lance un appel pour ne pas oublier les autres maladies. "Il faut que les patients qui doivent être suivis le soient. Sinon l'hôpital public va se retrouver à devoir traiter d'autres pathologies graves, indépendantes du Covid", s'alarme le président de l'Union régionale des professionnels de santé en Occitanie, Maurice Bensoussan.

 

 

Pneumopathies, sigmoidites (inflammation du colon)... Des maladies graves si elles ne sont pas diagnostiquées à temps. "Il faut surtout que ces pathologies là ne s'aggravent pas parce qu'on a besoin de tous les lits de réanimation en ce moment. Il ne s'agit pas de les encombrer avec des pathologies qu'on aurait pu éviter" explique Jean-Paul Hamon.

Il explique qu'il n'y a aucune raison de craindre de se rendre chez son médecin. Dans les cabinets, toutes les précautions sont prises pour éviter les risques de contamination. L'objectif pour Jean-Paul Hamon est de pouvoir consulter son généraliste en toute sécurité. Il explique que les médecins se sont adaptés pour que les patients n'encourent aucun risque : étalement des plages de consultations, espacement des lieux de rendez-vous et salle d'attente vide.

"Vos médecins sont là, vous pouvez les consulter en toute sécurité"

Pour continuer à travailler dans de bonnes conditions, les médecins libéraux demandent inlassablement des masques et des produits de désinfection au gouvernement.

Le retour des masques

Le pont aérien permettant à la France de récupérer des masques a commencé lundi 30 mars 2020.

Un avion est arrivé de Chine avec plusieurs millions de masques commandés par la France.

Les régions commandent elles aussi des masques. Au total, 53 millions pour l'ensemble des régions. En Occitanie, 10 millions de masques sont commandés pour les 13 départements de la région. Elle attend la première livraison dans les prochaines heures de 900 000 masques en provenance de Chine.

Ces masques sont destinés en priorité aux hôpitaux, EHPAD et soignants et sont attendus avec impatience.

Un reportage de Christine Bouillot :

 

"On a eu la dotation de 18 masques par professionnel de santé par semaine" explique Christelle Chillaud, infirmière libérale dans la région de Saint-Gaudens en Haute-Garonne. Sauf que ce sont des masques chirurgicaux, masques qu'il faut changer toutes les trois heures pour une sécurité optimale. L'infirmière raconte que des masques FFP2 ont bien été reçus, mais qu'ils sont périmés donc inutiles.

"On fait comme on peut avec les moyens du bord. On ne travaille pas en toute sécurité, c'est sûr."

Alors pour faire face à ce manque de masques, les professionnels de santé s'adaptent. D'après le dentiste Paul Amas, un masque de plongée de Decathlon protège parfaitement des postillons et des gouttelettes qui transmettent le Covid-19. Son idée a conquis les hôpitaux privés de Marseille et le SAMU de Corse qui s'équipent.

Decathlon fait don de plusieurs milliers de masques.

Un reportage de Lionel Maillet :

 

 

"L'avantage de ce masque c'est qu'on adapte un élément à notre disposition. On équipe la totalité des soignants de première ligne dans le besoin" explique ce dentiste marseillais.

Le coronavirus, des symptômes changeants

La difficulté à laquelle sont confrontés les malades est d'abord la diversité des symptômes. Nausées, migraine, perte du goût et de l'odorat, courbatures... Et parfois rien. Face au rationnement des tests, seuls les cas graves arrivés à l'hôpital sont officiellement diagnostiqués. Les autres malades doivent faire avec les seuls avis de leurs médecins, et se préparer à faire face à la vitalité et à la diversité des symptômes du virus. C'est le cas de Brice âgé de 25 ans. Il a été diagnostiqué positif il y a une semaine mais a été autorisé à rester chez lui. Comme d’autres personnes, la particularité de son cas est qu’il a chaque jour des symptômes différents de la veille. Et parfois même d'un moment à l'autre de la même journée.

Un reportage d'Alexandre de Moussac :

 

"Un jour ça peut être diarrhée, le lendemain maux de tête, ensuite des courbatures et les bronches qui s'enflamment" témoigne Brice. Après quelques jours, il a eu le sentiment que son état s'améliorait. Mais dès le lendemain, il rechute. Une situation épuisante.

"C'est les montagnes russes."

 

Victime collatérale du coronavirus : le droit à l'avortement

En cette période de lutte contre le coronavirus, les femmes qui souhaitent avorter se retrouvent parfois seules. Militantes et médecins rappellent que l’accès à l’IVG, soin d’urgence, peut être compliqué et que certaines femmes sont privées de ce droit essentiel. A cause du confinement, les associations féministes redoutent que certaines soient hors du délai légal pour avorter. Une pétition demande que ce délai soit allongé du nombre de semaines que durera le confinement.

Un reportage de Clément Bargain :

"Les centres d'IVG ne répondent plus, certains ne peuvent plus fonctionner car les blocs opératoires sont réservés aux cas de Covid 19, et d'autres à cause du manque de masques et de gels" explique Suzy Rojtman, porte-parole du Collectif national des droits des femmes. Aujourd'hui une femme a 12 semaines pour avorter. Selon l'association ne pas allonger cette durée c'est "bafouer le droit à l'avortement."

 

Grace Leplat avec Clément Bargain, Christine Bouillot, Alexandre de Moussac et Lionel Maillet