Les deux anciens militaires à la tête de la branche armée du groupuscule conspirationniste de Rémy Daillet ont tenté, jeudi et vendredi au tribunal de Paris, de justifier leur adhésion au mouvement d'extrême droite radicale qui ambitionnait de renverser le gouvernement "pacifiquement ou avec effusion de sang".
L'un a voulu "filer un coup de main", l'autre estime avoir traversé un "délire existentiel": Francis M., 74 ans, et Christophe M., 68 ans, qui comparaissent pour association de malfaiteurs terroriste, ont successivement occupé la tête de la branche "militaire slash action" du mouvement insurrectionnel né pendant la pandémie de Covid-19.
À la barre, les mains dans le dos, l'ancien lieutenant-colonel Christophe M., à la nuque plissée par les années, se replonge dans les plans de l'époque: "saturation de l'espace parisien, prise de l'Élysée avec des risques de friction intégrés dans le plan".
Mais, concrètement, c'était surtout "du jus de crâne" avec des "réflexions un peu poussives", admet-il.
À l'instar des autres prévenus - ils sont quatorze en tout -, les deux hommes ont contacté Rémy Daillet après avoir visionné ses vidéos complotistes pendant la pandémie de Covid-19, "très inquiets" par les mesures sanitaires.
Les deux anciens militaires deviennent "proches" à distance, mais ne se sont jamais vus. C'est la particularité du mouvement de M. Daillet, dirigé depuis la Malaisie où il s'est expatrié: il est virtuel et rend difficile l'estimation du nombre de sympathisants.
Entre 300 et 10.000 à la louche, avec un fort turn-over, selon les estimations avancées par les différents prévenus.
Les deux hommes, qui ont échangé quelques coups de téléphone avec "le patron", environ quatre ou cinq, "partageaient de grandes valeurs morales et humaines", estime Francis M., un ancien major, dont l'analyse de l'ordinateur par les enquêteurs révèlera une haine profonde envers les juifs et les immigrés.
C'est sa "curiosité pour la barbarie humaine", de son propre aveu, qui l'a motivé à télécharger, puis à classer minutieusement dans des dossiers intitulés "collabo", "juifs", "Macron", "gauchiste", des images, textes et vidéos antisémites et racistes.
Pourtant, il ne l'est pas, jure-t-il. "Colonel 15" comme il était surnommé, accumulait seulement de la matière pour "écrire un livre sur les horreurs de l'humanité" qu'il n'avait pas encore débuté avant son arrestation en octobre 2021.
- Daillet, une "larve opportuniste" -
Dans son ordinateur, un fichier recense 200 personnes volontaires pour intégrer le groupe armé "Assaut, couverture, protection, évacuation" du mouvement clandestin. Elles ont été évaluées en fonction de leur expérience militaire et de leurs compétences en matière d'armes et d'explosifs.
La grille d'évaluation des recrues comprend également un test de connaissances sur des personnalités d'extrême droite auxquelles il est demandé d'attribuer une note.
Contrairement à d'autres prévenus, soupçonnés d'avoir participé à des degrés divers à l'enlèvement d'une enfant, Mia, en 2021 - pour la soustraire aux services sociaux et la rendre à sa mère, ces deux-là s'y sont opposés.
Ils finiront par entrer en dissidence avec leur maître, Rémy Daillet, qui prend des notes, seul dans le box, avant son interrogatoire prévu mardi.
Dans un message échangé entre les deux militaires, l'inspirateur d'hier devient finalement une "larve opportuniste", voire un "pervers narcissique", selon Francis M., qui quitte le mouvement le premier.
Christophe M. explique l'avoir brièvement suppléé à la tête de la branche action, en janvier 2021, "dans un état d'éthylisme assez avancé".
Désœuvré depuis son passage à la retraite, il ne suit pas de traitement contre sa bipolarité et souffre, au moment des faits, d'un "sentiment de toute-puissance", une "phase maniaque" qui s'ajoute à une tendance ancienne "à lever le coude".
Devant le tribunal, les deux hommes font "profil bas" et regrettent. Aujourd'hui, Francis M. ne rêve que d'une chose : retourner à Madagascar pour se consacrer à des activités humanitaires.
Par Charlotte HOUANG / Paris (France) (AFP) / © 2026 AFP
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