single.php

A son nouveau procès, Balkany conteste un "emploi de complaisance"

L'ex-maire LR de Levallois-Perret Patrick Balkany a comparu mardi devant le tribunal correctionnel de Nanterre pour détournement de fonds publics, niant farouchement avoir financé un emploi de complaisance, entre verve habituelle et mauvaise foi assumée.

STEPHANE DE SAKUTIN - AFP

L'ex-maire LR de Levallois-Perret Patrick Balkany a comparu mardi devant le tribunal correctionnel de Nanterre pour détournement de fonds publics, niant farouchement avoir financé un emploi de complaisance, entre verve habituelle et mauvaise foi assumée.

La question centrale de ce procès est simple: l'association Codeeil n'était-elle qu'une coquille vide destinée à masquer un emploi fictif ?

La justice soupçonne l'édile d'avoir utilisé cette structure paramunicipale pour assurer un confortable complément de revenus à Renaud Guillot-Corail, son ancien directeur du développement économique, au lendemain de son départ à la retraite en octobre 2012.

En préambule, le tribunal a rejeté une demande de renvoi plaidée par la défense, qui fustigeait une enquête lacunaire marquée par des années d'inactivité. La procureure, Nathalie Foy, s'y était opposée, rappelant l'ancienneté du dossier.

La présidente du tribunal, Céline Ballerini, s'est ensuite efforcée de démêler ce montage financier.

Elle a pointé l'absence d'autonomie de l'association, dont les subventions municipales ont bondi au fil des ans, atteignant 855.000 euros au total. Une enveloppe colossale ayant majoritairement rémunéré M. Guillot-Corail.

"Quand on parle de détournement public, on ne dit pas que vous avez mis l'argent dans votre poche", a-t-elle recadré avec pédagogie. "L'argent de la subvention venait d'où ?"

-"Si les chiottes sont bouchées"-

Patrick Balkany à Nanterre, le 7 avril 2026

Patrick Balkany à Nanterre, le 7 avril 2026

STEPHANE DE SAKUTIN - AFP

A la barre, costume sombre et chaussettes bleues, l'ancien baron francilien de 77 ans a multiplié les esquives.

"Je ne me suis jamais occupé de cette association", a-t-il martelé, assurant que son administration gérait seule les subventions.

Et d'ironiser pour justifier son ignorance assumée du fonctionnement quotidien: "Si les chiottes sont bouchées, on va appeler le maire ?".

La tâche des juges s'avère complexe, le principal bénéficiaire, Renaud Guillot-Corail, étant décédé en 2020.

Une situation que le prévenu a exploitée avec habileté.

"On est en train de juger du travail de quelqu'un qui est mort. Tout ça fait que je n'ai aucun document, c'est carnavalesque !", s'est-il offusqué.

Et d'ajouter: "J'aurais pu être mort aussi, ça vous aurait simplifié le travail", aussitôt recadré par la juge.

De son côté, la procureure a dénoncé un "habillage", s'étonnant d'une prime de licenciement de 50.000 euros versée au retraité et de l'auto-dissolution expresse de l'association.

Les dépositions lues à l'audience ont enfoncé le clou.

Une ancienne trésorière, élue, a reconnu ne pas comprendre l'utilité de la structure, se décrivant comme une "personne de paille" pour ce qui était en réalité le "bâton merdeux" de la mairie.

- "Un grand flemmard" -

S'il a réfuté toute ingérence, le prévenu n'a pas tari d'éloges sur son ancien collaborateur, qualifié "d'ambassadeur exceptionnel".

L'association aurait notamment œuvré à un projet de cimetière au Gabon, bien que le tribunal se soit interrogé sur d'étonnants déplacements à Cuba ou à Bali du Marquis de Bangui, un surnom de M. Guillot-Corail que l'édile a juré n'avoir jamais entendu.

Surtout, l'ancien député a politisé les débats.

"Des ministres disent qu'il faut travailler après la retraite et vous me convoquez pour me dire qu'il ne fallait pas faire travailler un retraité !", a-t-il lancé.

"Il vous a fallu 18 ans pour me dire ça !", s'est-il aussi emporté, citant même Georges Pompidou: "Arrêtons d'emmerder les Français".

Refusant l'étiquette d'élu omnipotent et interventionniste, Patrick Balkany a finalement dressé un portrait inattendu pour clore les débats : "Je ne suis pas un interventionniste, je suis un grand flemmard. Je fais travailler les autres".

"Pour moi, ce n'était pas du boulot, c'était un plaisir", a conclu l'octogénaire, assurant être de bonne foi. Le procès se poursuit mercredi.

Par Djilali BELAID / Nanterre (AFP) / © 2026 AFP

L'info en continu
20H
19H
18H
17H
16H
15H
Revenir
au direct

À Suivre
/