"Il est où, le problème?": des femmes voilées de Marseille, au Sénat, en plein vote sur l'interdiction du voile en sortie scolaire

Alors que les sénateurs votaient hier sur l’interdiction du voile lors des sorties scolaires, une vingtaine de femmes voilées d’un centre social de Marseille et leurs enfants visitaient le Sénat. Une initiative de la sénatrice socialiste Samia Ghali. Un hasard du calendrier selon la parlementaire.

(DOMINIQUE FAGET / AFP)

Reportage Sud Radio d'Alexandre de Moussac

 

Malika, mère au foyer, se trouve à quelques mètres des sénateurs qui votent sur l’interdiction du voile en sortie scolaire. Elle aurait bien aimé qu’on lui demande son avis:
"Ils parlent pour nous ! C'est nous qui voulons porter le voile ! En quoi on vous gêne? Est-ce qu'on vous gêne? Certains portent des perruques... Il est où le problème?!"
A côté d’elle, son amie qui accompagne régulièrement sa fille en sortie de classe. Et pour elle, hors de question de le faire sans porter son voile. "C'est ridicule ! On n'est pas des femmes soumises. Le voile, c'est notre choix. On s'habille comme tout le monde. Quand il y a un projet avec nos enfants, on aimerait les accompagner !"

La sénatrice des Bouches-du-Rhône Samia Ghali. DOMINIQUE FAGET / AFP)

A l’origine de la visite, la sénatrice Samia Ghali, qui admet que le hasard du calendrier fait parfois bien les choses. "Ces enfants sont venus comprends l'Histoire de France. Tout à l'heure, un enfant était content de voir le fauteuil de Napoléon. Et là, on va lui expliquer qu'on ne parle pas de Napoléon, mais du foulard de sa maman".
La visite s’est poursuivie tout l’après-midi à l’intérieur du Sénat, sauf dans l’hémicycle où il est interdit de porter tout signe religieux.

"Celles qui portent le voile, elles le portent. Celles qui veulent pas le porter, elles le portent pas !" (CFCM)

Outre cette adoption de la proposition de loi par le Sénat, le thème a été abordé lors d’une réunion du Conseil français du culte musulman.
L’occasion pour son délégué général Abdallah Zekri de trancher la question une fois pour toutes: "C'est une prescription religieuse. Celles qui veulent porter le voile, qu'elles le portent. Les autres qui le portent pas, on va pas les stigmatiser. Le problème actuellement: du côté des Français, certains hommes politiques partent du principe que les femmes ne doivent pas porter le voile. Et vous avez des jeunes filles dans des quartiers sensibles avec des salafistes qui leur disent de porter le voile. Elles sont assises entre deux chaises. Nous, on dit que la femme est libre ! Nous sommes dans un pays de liberté. Celles qui portent le voile, elles le portent. Celles qui veulent pas le porter, elles le portent pas ! C'est clair? Et qu'on arrête avec ce racisme de tout bord !"

 

Pour Aslam Timol, membre fondateur du CFCM et délégué de la grande mosquée de Saint-Denis, les politiques ont leur responsabilité dans le drame. Il demande la plus grande prudence aux hommes et femmes politiques: "Ces déclarations à l'emporte-pièce deviennent de plus en plus récurrentes, dangereuses et irresponsables ! Et cela peut amener des déséquilibrés à porter atteinte à des musulmans, à des mosquées, à des lieux de culte. Si nos hommes et femmes politiques prenaient un peu plus de hauteur, le climat serait plus apaisé et serein"