5 ans après les attentats de Charlie Hebdo, où est passé "l'esprit Charlie ?"

Cinq ans. Cinq ans que 12 membres de Charlie Hebdo, dessinateurs comme journalistes et autres encore, furent sauvagement assassinés par les frères Kouachi pour avoir osé être libres de pensée mais surtout libres de l'exprimer. La marque de fabrique du journal satirique, parfois drôle, souvent anticonformiste ou carrément provocatrice, semble avoir perdu de sa superbe au sein des Français. Ils étaient des millions à proclamer "je suis Charlie", combien sont-ils aujourd'hui ? Fait-il bon être libre en ce pays quand on voit les tollés médiatiques que provoquent encore des Unes de l'hebdomadaire ?

Ler 10 janvier 2015, la France entière défilait en clamant son attachement à Charlie Hebdo. Ici, à Lille, ils étaient des milliers. (Denis CHARLET / AFP)

Un reportage signé Alexandre de Moussac.

Triste anniversaire aujourd’hui que celui des cinq ans de l’attaque de Charlie Hebdo. Le 7 janvier 2015, les frères Kouachi pénétraient dans les locaux de l’hebdomadaire satirique. 12 personnes perdaient la vie dont 8 collaborateurs du journal. (En tout, 17 personnes avaient été tuées cette semaine-là, notamment dans l'Hypercacher de la porte de Vincennes ). S’en est suivi un mouvement rare d’unité en France et un slogan : « Je suis Charlie » affichant ouvertement la défense de la liberté d'expression et de la presse. Mais que reste-t-il de cet esprit Charlie ?

 

Pour Maxime, c’est devenu un vague souvenir.

"L'esprit Charlie, c'était une période de communion. Même si on ne connaissait pas ceux qui ont été tués, nous nous battions tous pour la même liberté d'expression. Aujourd'hui, je ne sais pas si la communion est encore là..." regrette un Maxime dubitatif.

Pour Alima, l’attentat de Charlie Hebdo a été un moment difficile à supporter. Depuis, elle se sent stigmatisée en tant que musulmane.

"Chaque fois qu'il y a quelque chose, ils disent que ce sont les musulmans qui sont responsables. Ca me fait mal parce que ce n'est pas comme ça l'islam." déplore Alima, elle-même musulmane.

 

Et si toute cette communion n'était qu'éphémère par nature ?

Selon la psychanalyste Christine David, l’esprit Charlie se rapporte à un événement déjà lointain, il est donc forcément éphémère. Les moments d'union sacrée ne seraient que sporadiques, quand les Français ressentent une fierté unanime et patriote. Car Charlie, c'était aussi la France qui ose tout, l'éternelle impertinente et dissidente qui tape sur tout le monde, même - et surtout -  là où ça fait mal.

"Ça me fait directement penser à la Coupe du monde de football qui a rassemblé le plus grand nombre de gens. Une sorte de solidarité, d'identité commune, qui se lie à un événement. Charlie, gilets jaunes, Coupe du monde, tout cela donne un nom propre à une énergie latente." explique Christine David, psychanalyste.

Et preuve peut-être de la fin de cet esprit Charlie, le tirage moyen du journal est aujourd’hui de 25 000 exemplaires, contre presque huit millions dans les jours qui ont suivis l’attaque.

En 2020 est-ce qu’un événement similaire peut se reproduire ?

La menace terroriste sur la France a-t-elle évolué ? Réponse avec Jean-Charles Brisard, président du centre d’analyse du terrorisme.

"En 2015, nous étions face à un terrorisme structuré et explicite fondé sur des testaments, des vidéos d'allégeance. Aujourd'hui, nous sommes face à un terrorisme endogène, moins prévisible, improvisé, beaucoup plus incisif et souvent avec des armes rudimentaires. Autant de raisons pour lesquelles ce terrorisme est beaucoup plus difficile à neutraliser préventivement." raconte J-C Brisard, spécialiste de la question en sa qualité de président du centre d'analyse du terrorisme.