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Olivier Becht : « Je suis candidat à l'élection présidentielle et j'irai jusqu'au bout ! »

Par Jean-François Achilli

INTERVIEW SUD RADIO - Député apparenté au groupe Ensemble pour la République dans le Haut-Rhin et ancien ministre du Commerce extérieur du gouvernement d’Élisabeth Borne, Olivier Becht était l'invité politique du Grand Matin Week-End pour défendre sa candidature à l’élection présidentielle

Pourquoi êtes-vous candidat à l’élection présidentielle ?

Je suis candidat pour une raison très simple : j’ai un fils de 14 ans et j’aimerais que lui et sa génération ne revivent pas les horreurs que mes grands-parents ont connues au siècle dernier, avec les deux guerres mondiales.

« Nous sommes à la fin d'un modèle, il faut tout refonder »

Je pense que nous sommes aujourd’hui à la fin d’un modèle. On n’a jamais dépensé autant d’argent dans notre pays, et pourtant, il est toujours plus compliqué de trouver un médecin, une bonne école pour ses enfants ou de vivre en sécurité. Malgré des dépenses sociales considérables, 10 millions de personnes vivent toujours sous le seuil de pauvreté.

Lorsqu’un modèle arrive à bout de souffle, deux possibilités existent : il s’effondre dans la révolution ou le chaos, ou nous parvenons à le refonder. Je souhaite que nous engagions cette refondation dans la paix, l’ordre et la démocratie.

Que pensez-vous du mouvement lycéen et des revendications contre Parcoursup ?

Le mouvement est légitime sur le fond. Les lycéens ont raison de dire que Parcoursup est une boîte noire qui doit être supprimée et remplacée. Il faut notamment mieux prendre en compte les épreuves du baccalauréat et envisager une épreuve de spécialité permettant de déterminer l’orientation des élèves.

Ils ont également raison de réclamer des professeurs devant les élèves et de dénoncer les remplacements qui ne sont pas assurés. Je pense qu’il faut décentraliser la gestion des enseignants et donner davantage d’autonomie aux établissements scolaires, afin que leurs directeurs puissent composer leurs équipes pédagogiques.

Faut-il régionaliser l’Éducation nationale ?

Il ne s’agit pas de régionaliser l’Éducation nationale. Les programmes doivent rester les mêmes sur l’ensemble du territoire, car c’est une condition de l’égalité des chances.

En revanche, la gestion des enseignants doit être organisée au niveau local. Nous le faisons déjà pour les agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles, les ATSEM, qui sont gérés par les communes. Cette organisation permet de répondre aux besoins du terrain.

Je suis également abasourdi lorsque l’on découvre que 3 000 enseignants sont sans affectation. Quand on gère un million d’enseignants de manière centralisée sans savoir précisément où ils se trouvent, c’est bien la preuve que le système ne fonctionne pas. Mon objectif est simple : qu’il y ait un enseignant devant chaque classe.

« Je suis un homme d'extrême-centre »

Vous situez-vous au centre droit, comme Gabriel Attal ou Édouard Philippe ?

Je me définis souvent comme un homme d’« extrême centre ». Je veux aller beaucoup plus loin dans la transformation du système. Il faut refonder notre modèle économique, le rendre beaucoup plus souverain, notamment sur le plan énergétique, et aller vers davantage de fédéralisme dans l’organisation de la République, afin de donner du pouvoir à ceux qui sont sur le terrain.

Je ne suis peut-être pas une star des plateaux de télévision, mais je dispose de trois expériences complémentaires : locale, nationale et internationale.

Quelle expérience mettez-vous en avant pour cette présidentielle ?

Je suis élu local depuis 25 ans. J’ai été maire, président d’intercommunalité et vice-président de département. J’ai redressé une commune en difficulté financière sans augmenter les impôts locaux pendant 18 ans. À Rixheim, une commune de 15 000 habitants dans l’agglomération de Mulhouse, j’ai également travaillé sur les questions de sécurité et sur la transformation du modèle social local.

J’ai aussi une expérience nationale : j’ai été élu député à trois reprises et ministre du Commerce extérieur. Durant mes deux années au gouvernement, j’ai réduit le déficit du commerce extérieur de plus de 60 milliards d’euros.

Enfin, j’ai une expérience internationale. J’ai présidé une commission à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, je me suis rendu dans plus d’une centaine de pays et j’ai représenté la France au G7, au G20 et au Conseil des ministres de l’Union européenne.

Comment la France doit-elle faire face aux crises internationales, notamment à la guerre en Ukraine et aux tensions avec Donald Trump ?

Il faut faire en sorte que la voix de la France compte dans le monde. Nous devons protéger les Français des crises extérieures et renforcer notre indépendance économique et énergétique.

Je souhaite notamment engager une révolution énergétique, avec le développement des carburants de synthèse, pour réduire notre dépendance aux importations pétrolières.

Je défends également une nouvelle dynamique européenne, autour d’un noyau dur de six, sept ou peut-être huit États capables de peser face aux États-Unis et à la Chine. Personne ne nous fera de cadeaux. Pour être forts politiquement, nous devons d’abord être forts économiquement et financièrement.

« Ma légitimité repose sur 25 années de terrain »

Vous n’êtes pas présenté comme favori de cette présidentielle. Comment réagissez-vous aux commentaires sur votre candidature ?

Je ne suis effectivement pas favori et je ne suis pas une star des plateaux de télévision. Je n’ai pas non plus été Premier ministre. Ma légitimité repose sur 25 années de terrain, au contact des Français et de leurs préoccupations.

J’ai parcouru 101 départements au cours des deux dernières années, y compris en outre-mer, pour écouter les habitants. Cette démarche ne s’est pas limitée à une tournée : j’ai pris en compte ce qu’ils m’ont dit pour construire un programme, le « Projet France ».

Je repars sur le terrain à partir du 12 novembre, avec l’objectif de poursuivre cette démarche dans les départements. Je veux défendre ce projet directement auprès des Français.

En quoi consiste le « Projet France » ?

Le constat est que notre modèle actuel est au bord du gouffre. Si nous ne le changeons pas, il risque de s’effondrer. Je propose donc une refondation complète : un nouveau modèle économique, social, de sécurité et d’organisation de la République.

L’objectif est de construire un pays plus souverain, plus cohérent et plus protecteur, en redonnant notamment du pouvoir aux acteurs locaux. Cette transformation doit permettre de répondre aux difficultés quotidiennes des Français et d’éviter que les fractures de notre société ne s’aggravent.

Vous proposez un contrat de travail unique, portable tout au long de la carrière. Comment fonctionnerait-il ?

Notre système de protection sociale doit être repensé, notamment en raison de l’évolution démographique. Lors de la création de la Sécurité sociale, cinq personnes cotisaient pour une personne bénéficiant de prestations. Aujourd’hui, selon les chiffres que j’avance, elles ne sont plus que 1,4.

Je propose donc un nouveau contrat social qui protège les personnes de la naissance à la mort, y compris contre le chômage, à une époque où l’intelligence artificielle risque de bouleverser de nombreux métiers.

Ce contrat serait portable d’une entreprise à l’autre et resterait attaché à la personne pendant les périodes sans emploi, avec un salaire socle. Il s’agirait d’une forme de revenu universel, assorti de trois conditions : accepter un emploi correspondant à ses qualifications, suivre une formation pour les adapter aux besoins du marché du travail ou, en l’absence de travail, effectuer 25 heures de bénévolat au service de la société.

Je souhaite que chacun puisse contribuer à la collectivité, notamment en prenant soin des personnes âgées et dépendantes. Nous devons retrouver une société dans laquelle les uns prennent soin des autres et où chacun peut donner quelque chose en retour, même un peu de son temps.

« Je veux parler à tous les Français »

Face aux tensions sociales et à l’hypothèse d’un duel entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, quelle est votre place ?

Ma place est dans la refondation. Je ne m’adresse pas uniquement à un public centriste : je veux parler à toutes les Françaises et à tous les Français.

Ceux qui sont tentés par un vote pour Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon sont souvent des personnes qui souffrent et qui estiment que le système ne fonctionne plus. Leurs préoccupations sont concrètes : pouvoir d’achat, sécurité, éducation des enfants, économie ou accès aux soins.

Je veux leur montrer qu’il existe d’autres réponses à ces difficultés que les votes en faveur de ces deux personnalités. C’est tout le sens du « Projet France » : proposer une transformation profonde du modèle français, renforcer la cohésion nationale et permettre au pays de mieux vivre ensemble.

Pourquoi maintenir votre candidature alors que plusieurs personnalités occupent déjà le centre droit ?

Je ne souhaite pas que l’élection présidentielle se résume à un appel à voter pour une personnalité afin d’en empêcher une autre d’accéder au pouvoir. Je veux que nous ayons une véritable réflexion sur un projet, sur la direction que nous voulons donner au pays dans cinq ou dix ans et sur ce que nous souhaitons pour nos enfants, nos aînés et la France dans le monde.

Je ne crains pas qu’une candidature supplémentaire divise le camp central. Ce qui m’inquiète, c’est que le débat politique se réduise à un vote par défaut, sans discussion de fond sur l’avenir du pays.

Avez-vous échangé avec Édouard Philippe, Gabriel Attal ou Bruno Retailleau au sujet de votre candidature ?

Non, nous n’avons pas échangé à ce sujet. Mais une élection présidentielle doit permettre de confronter les projets et les visions.

Je souhaite que les Français puissent comparer les propositions, plutôt que d’être simplement appelés à voter pour un candidat contre un autre. C’est le projet que je veux défendre, au-delà des seuls électeurs du centre et de la droite.

Disposez-vous déjà des 500 parrainages nécessaires pour être candidat à la présidentielle ?

J’ai déjà beaucoup de promesses de parrainage. Je suis élu local depuis 25 ans et j’entretiens de bonnes relations avec les élus locaux. Je suis donc plutôt confiant sur ma capacité à obtenir les parrainages nécessaires, même si rien n’est jamais certain.

La question du financement est plus délicate. Lorsqu’on se lance sans le soutien d’un grand parti politique, on dépend essentiellement des dons de personnes privées. Il faut donc financer la campagne.

Je suis convaincu que les Français qui se reconnaîtront dans le « Projet France » pourront nous soutenir.

Souhaitez-vous un débat télévisé entre les principales figures du centre droit ?

Oui, je pense que la comparaison des programmes est toujours une bonne chose. Elle permet de parler des projets plutôt que de se contenter d’appeler à voter pour une personnalité contre une autre.

Mais je le répète : je ne m’adresse pas seulement aux électeurs du centre ou de la droite. Je veux aussi convaincre les Français qui envisagent de voter pour Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon, parce qu’ils rencontrent des difficultés économiques, sociales ou liées à la sécurité.

Il faut leur apporter des réponses concrètes et leur montrer qu’une refondation du modèle français peut constituer une autre voie.

Faut-il désormais tourner la page Emmanuel Macron ?

La page Emmanuel Macron se tournera d’elle-même, puisqu’il ne pourra pas être candidat à sa réélection. La question n’est plus de savoir s’il faut regretter le passé, mais ce que nous voulons faire de notre pays pour les cinq ou dix prochaines années.

En 2017, j’ai été élu député contre une candidate de La République en marche. J’ai toujours tenu à mon indépendance, même si j’ai ensuite servi mon pays comme ministre du Commerce extérieur.

Tout n’a pas été un succès au cours des dix dernières années, mais tout n’a pas été un échec non plus. Je pense que l’histoire reconnaîtra à Emmanuel Macron certains mérites, notamment sur le plan international.

Aujourd’hui, nous devons surtout nous tourner vers l’avenir. Je propose une refondation complète de notre modèle français pour que notre pays soit plus fort, que les fractures se referment et que nous puissions mieux vivre ensemble.

Quel est votre objectif pour cette campagne présidentielle ?

Je veux aller au bout de ma candidature et défendre le « Projet France » auprès des Français. Mon ambition est de proposer un nouveau modèle économique, social et institutionnel, afin que notre pays retrouve de la cohésion et de la souveraineté.

Je souhaite éviter que les difficultés actuelles ne débouchent sur davantage de violence et de chaos. Il faut donner aux Français une perspective et leur permettre de débattre de l’avenir qu’ils veulent construire ensemble.

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